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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/552

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54() REVUE DES DEUX MONDES.

DON JUAN.

Sois en repos , commandeur, la fille rejoindra son père (|ui est dans le ciel.

LE COSOIANDEUR.

Courage , don Juan , la montagne est rude à gravir pieds nus. Écoute : à deux cents pas de ce monument, si lu rencontres ta mère tout en larmes , souviens-toi des six stations de Jésus-Christ , descends de ton cheval , réchauffe ses mains à ta poitrine et couvre-la de ton manteau. Essaie de la consoler ; si tu ne le peux, pleure avec elle , ensuite lave ses pieds ; demande-lui sa bénédiction et va l’agenouiller au sanctuaire. Il est inutile que je t’apprenne ici dans quels lieux tu feras les autres stations , don Juan ; les araes qui veulent se dévouer n’ont pas besoin qu’on leur enseigne le chemin du Calvaire. Courage, ne te laisse pas rebuter ; songe que le Christ fut couronné d’épines avant de rencontrer la Vierge qui lui donna son voile. (Les statues chantent au dehors le Gloria in excelsis. ) DON JUAN.

Étrange concert ! est-ce que je rêve ? est-ce que le ciel fait jouer pour moi toutes ses orgues ?

LE COMMANDEUR.

Don Juan , tu veilles et ne peux entendre encore la musique des sphères. Quoi donc ! ne reconnais-tu pas les chantres de cette nuit ? DON JUAN.

Ah ! oui , les statues de ton enclos , j’ai peine à concevoir comment ces voix funèbres ont pu devenir si glorieuses. Quelles intonations puissantes ! quel bonheur de faire tant de bruit dans la nature !

céleste musique ! célestes chanteurs ! La lune sans doute les 

avait enroués hier au soir , et le soleil leur rend la voix en même temps qu’aux oiseaux et qu’aux moissons. ( Les statues en dehors continuent leur chant. ) LE CO>niAND£UR.

Veux-tu savoir tout le mystère, don Juan ? Hier au soir les statues chantaient la prose des morts, et ce matin elles entonnent l’hymne de gloire et de résurrection. DON JUAN.

C’est donc moi qui suis le ressuscité ?