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544 REVUE DES DEUX MONDES.

Le même qui, la main sur le poteau clouée, Les yeux remplis de sang et la voix enrouée Par les âpres saveurs de l’éponge de fiel, Cria : — Fraternité ! — Ce mot venu du ciel Devail dans sa douleur et dans sa longue plainte Nous révéler encor cette parole sainte, Ce mot qu’au fond de l’ame il avait apporté, Ce dogme de la mort : réversibilité ! Car ces deux mots divins se réclament l’un l’autre, Et veulent même cœur, même voix, même apôtre ; L’un parle de la vie, et l’autre de la mort. Ces deux sons merveilleux forment un seul accord, Une seule harmonie éclatante et superbe Qui tonne sur le monde et qu’on appelle Verbe ! Réversibilité ! loi de vie et d’amour, Rapport indissoluble entre l’ame qui pleure Toute nue au grand air et celle qui demeure En un corps bien dispos. Réversibililé ! Lien de l’univers avec l’humanité, Verbe qui réunit au même sanctuaire Le vivant et le mort, la cape et le suaire, Tout ce qui tend enfin au bonheur des élus, Le siècle d’à présent et ceux qui ne sont plus ! ( Il s’assied sous la voûte du tombeau, du côté opposé à don Juan, et demeure immobile. — Silence.)

DON JUAN, s’éveillant de son extase. Vision du ciel, pourquoi déjà me fuir ? Quel songe ! votre essaim a passé devant moi, chastes colombes du purgatoire, et j’aurais pu toutes vous appeler malgré vos transfigurations. Jeunes filles, mortes en mes bras, j’ai reconnu vos âmes, car déjà dans ce monde je les voyais sous vos poitrines briller et resplendir comme une lumière sous le globe de cristal ! Lumières ardentes que je voulais