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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/495

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observées avec toute la sollicitude que met la police en pareilles choses. Les noms des membres de la cour des pairs offrent sans doute beaucoup de garanties contre l’abus qu’on pourrait faire de pareilles investigations, mais il faut encore que l’opinion soit bien rassurée à cet égard. C’est à la commission elle-même de prouver par ses actes qu’elle n’est pas au-dessous de celle de 1820. Quoi qu’il en soit, la cour des pairs ne se réunira guère qu’au mois de septembre, et un grand nombre de membres, fatigués parla longueur de la session, se disposent déjà à quitter Paris. On ne parle plus d’ailleurs de transférer la cour des pairs à Versailles ; c’est une pensée qu’on rejette avec hauteur et dont on se défend, comme si on la croyait suggérée par une timidité qui ne serait pas de saison maintenant.

Quant aux travaux même de la commission, s’il nous est permis de parler des bruits qui circulent, on assure qu’ils éprouvent quelque embarras dans leur marche. Il parait, quoique nous ne l’affirmions pas, que la plupart des individus arrêtés les armes à la main n’appartiennent pas aux associations ; les membres des associations détenus aujourd’hui auraient, au contraire, été arrêtés dans leurs domiciles, et l’on serait presque complètement assuré qu’ils n’ont pas pris une part active à cette prise d’armes. D’un autre côté, les journalistes qu’on a préventivement écroués, et à qui on veut assigner le rôle de provocateurs, se seraient tirés assez bien de leurs interrogatoires, et l’on en serait à l’impossibilité de lier leurs articles à l’insurrection à main armée, comme à l’impossibilité de trouver des rapports palpables entre l’opposition passive des sectionnaires et l’échauffourée des faiseurs de barricades. Tel serait, du moins à Paris, l’état des choses en ce moment ; mais on sent bien que nous n’en sommes encore, ainsi que le public, qu’à des conjectures plus ou moins fondées, et que nous ne pouvons accueillir qu’avec une extrême précaution.

Pour le ministère, il continue hardiment de fonder son système de gouvernement militaire, et des menaces il passe déjà aux effets. Un journal à l’aide duquel on peut souvent pénétrer les pensées des ministres, et dont les directeurs sont admis dans leur intimité, n’a pas pris beaucoup de circonlocutions pour nous préparer au régime du sabre. Il y a quelques jours il disait en ces propres termes : « Il est impossible que le gouvernement ne devienne pas un gouvernement militaire, si la faiblesse des lois continue à servir la fureur de la presse. » « Le pouvoir de l’intelligence, ajoutait-il, une fois que vous lui permettrez de se livrer à tous ses caprices, ne peut être contenu que par le pouvoir de la force matérielle, à qui il faudra bien aussi passer ses caprices. » Rien n’est plus clair, ce nous semble. Bonaparte, descendant de cheval à la porte du conseil des Cinq-Cents,