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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/457

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mauvaises passions sont toutes celles qui ne mènent pas l’homme qu’elles dominent, à une parfaite obéissance aux volontés du pouvoir, celles qui lui enseignent qu’il pourrait bien n’être pas à sa place, et que son talent ou ses vertus l’appellent à monter plus haut ; les mauvaises passions consistent également à se plaindre de la prodigalité, de la corruption et du monopole, à détendre les intérêts menacés ; les mauvaises passions sont tout ce qui cause une agitation quelconque dans la société que M. Guizot voudrait voir sereine, immobile et sans une ride à sa surface, depuis qu’il est placé à son sommet. M. Guizot avait donc aussi des mauvaises passions quand, pauvre précepteur, il cherchait les moyens de sortir de sa médiocrité obscure ? Il avait des mauvaises passions quand sous le ministère Richelieu il écrivait pour le ministère Decazes ; il avait de plus mauvaises passions encore quand il s’acharnait dans les journaux contre M. Villèle ; quand dans la chaire du Collège de France, il faisait des allusions à la révolution de 1688, en présence d’une jeunesse innocente qu’il familiarisait avec les idées de révolte et de perturbation ? Et quelles passions, si ce ne sont les plus mauvaises selon lui, que celles qui le menèrent au milieu de la société Aide-toi, le ciel t’aidera, d’où s’éleva le premier cri d’insurrection contre le gouvernement légitime !

Faut-il donc dire à M. Guizot que la pire de toutes les passions, c’est de n’en avoir plus aucune, c’est d’être tiède et désorienté dans ses convictions, d’être insouciant du bien, de ne plus savoir où l’on va, ou plutôt de se proposer un but qu’on n’ose avouer hautement ? M. Guizot ne sait-il pas que les mauvaises passions ne sont point seulement celles qui troublent la société, et que la passion du repos égoïste, de la domination fondée sur de faux principes et sur le mépris des masses, est plus condamnable encore ? Nous savons, comme M. Guizot, qu’il y a beaucoup de mauvaises passions dans la multitude qui souffre, qui paie, et qui s’aigrit en voyant qu’on ne s’occupe pas d’alléger ses souffrances et son fardeau ; mais celles-là sont-elles moins pardonnables que les mauvaises passions des hommes enrichis, satisfaits et puissans, qui se font une arme contre le pays des murmures qu’ils lui arrachent, et qui aggravent le mal à leur profit ? A ceux-là j’adresserai les justes reproches qu’un écrivain de quelque valeur adressa autrefois à un