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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/446

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elle les entend. Enfin la nécessité de ne point exclure de tout l’opposition, d’accepter partout sa présence et son influence, est là si bien sentie, que dans les comités des deux chambres, sur le théâtre même des triomphes de la majorité, des membres de l’opposition sont toujours appelés à siéger avec elle, à soutenir leur opinion et à donner leur voix. »

On ne se lasserait pas de citer des passages semblables. Partout éclate ce vif sentiment de la justice et de la liberté. C’est un langage presque nouveau introduit dans le libéralisme, une sorte de gouvernement qui s’y organise, et qui fait encore plus honteusement ressortir le désordre qui règne dans le gouvernement véritable. Quelle prudente et sérieuse indignation ! C’est la colère d’un homme d’état qui n’a véritablement qu’un reproche à faire à ses ennemis, à savoir qu’ils lui prêtent trop le flanc et donnent trop de force à l’opposition qui les bat en brèche ; on dirait d’un général qui craint d’entrer d’assaut dans la ville qu’il assiège, de peur de ne pouvoir arrêter la fureur de ses soldats, et qui n’use de ses moyens d’attaque que pour proposer une capitulation honnête. Il y a plaisir à relire tous ces beaux pamphlets de M. Guizot. On sent que le ministère Villèle en mourra. Et il en est mort en effet, de cette chose et de bien d’autres encore. Mais à M. Guizot revient l’honneur de l’avoir combattu savamment, et d’avoir fait cesser les cris qui s’élevaient des bancs ministériels contre l’indiscipline sauvage et l’esprit destructeur de l’opposition du dehors. M. Guizot, qui avait appris patiemment les formules du pouvoir sous les ministères successifs qu’il avait servis, enseigna ce langage nécessaire à toute cette jeunesse ardente et dévouée, qui ne savait encore que conspirer, pousser des cris de révolte, vivre noblement dans la disgrâce, se traîner sans plainte dans l’exil ou mourir sur l’échafaud. Ce fut une grande et belle influence que celle qu’exerça alors M. Guizot. Par ses soins et par ses paroles, les ventes de carbonari, qui étaient répandues sur tous les points de la France, et qui, depuis quinze ans, avaient à peine causé quelques ébranlemens passagers au gouvernement des Bourbons, se changèrent en comités paisibles, publics et tolérés en dépit de l’article du code que M. Guizot invoquait récemment pour détruire ce genre d’associations. Les membres de la haute vente, du conseil principal