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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/443

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pas qu’un pouvoir puisse et doive protéger les intérêts du petit nombre, même si ce petit nombre a la justice pour lui. Avant tout, il faut être fort ; après cela, on sera loyal, équitable, généreux et honnête, s’il se peut. Aussi, une fois là, M. Guizot ne croit plus à la liberté ; il sourit quand on le somme de remplir les promesses du pouvoir qu’il représente ; à ceux qui lui demandent quand elles s’accompliront, il répond qu’il ne sait ; il ne renie pas ses paroles et ses écrits de l’opposition, alors il parlait et il écrivait de bonne foi ; il parle et il agit encore de bonne foi aujourd’hui, mais il était de l’opposition, et maintenant il est du pouvoir. Quand il demandait que l’opposition participât au gouvernement, qu’elle vécut d’autre chose que de discours et de beau langage, quand il voulait qu’elle eût une part restreinte, mais réelle, dans les affaires de la société, qu’on ne lui enlevât pas les moyens d’action légaux et réguliers qu’elle réclamait, M. Guizot vous dira sincèrement que son rôle était, en ce temps, de diminuer les forces du gouvernement et d’augmenter celles de l’opposition, tandis qu’en celui-ci son devoir l’oblige d’agir dans un sens tout contraire. C’est à l’opposition de faire ses affaires elle-même, à lui de l’amoindrir, et de rendre le pouvoir assez fort pour l’empêcher de redouter les attaques au moyen desquelles il le renversa autrefois.

Tel est, je le crois du moins, M. Guizot dès qu’il se trouve aux affaires. Je puis me tromper, mais je crains bien de l’avoir montré sous son véritable jour.

M. Guizot sort-il des affaires, mais tout-à-fait, sans espoir d’y rentrer, oh ! alors il est admirable. Le voilà qui prend sa plume et qui écrit de ce ton de prophète et de croyant qui lui est naturel. Toutes les forces et l’influence qu’il enlevait au pouvoir quand il le secondait, il les apporte à l’opposition lorsqu’il se joint à elle. Dès lors il devient aussi doux qu’il était violent. C’est l’homme du monde le plus modéré et le plus facile. Mais cette modération demande sans cesse, elle veut plus que l’avidité la plus résolue, elle menace plus haut que la violence la plus ouverte. Comme les yeux de l’écrivain se sont ouverts tout à coup en descendant de la région des nuages ! Comme il comprend bien les relations du peuple et du pouvoir ! Ce sont maintenant deux puissances amies, qui doivent discuter paisiblement de leurs intérêts, et non plus se mettre le