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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/405

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d’une auréole éclatante, et l’on peut marcher tout un jour entre deux haies d’aubépine et de prunier sauvage, sans rencontrer un seul Anglais,

J’aurais voulu aller jusqu’aux Alpes du Tyrol. Je ne sais guère pourquoi je me les imagine si belles ; mais il est certain qu’elles existent dans mon cerveau comme un des points du globe vers lesquels me porte une sympathie indéfinissable. Dois-je croire, comme toi, que la destinée nous appelle impérieusement vers les lieux où nous devons voir s’opérer en nous quelque crise morale ? — Je ne saurais attribuer tant de part dans ma vie à la fatalité. Je crois à une providence spéciale pour les hommes d’un grand génie ou d’une grande vertu ; mais qu’est-ce que Dieu peut avoir à faire à moi ? Quand nous étions ensemble, je croyais au destin comme un vrai musulman. J’attribuais à des vues particulières, à des tendresses maternelles ou à des prévisions mystérieuses de cette providence envers toi, le bien et le mal qui nous arrivaient. Je me voyais forcé à tel ou tel usage de ma volonté, comme un instrument destiné à le faire agir. J’étais un des rouages de ta vie, et parfois je sentais sur moi la main de Dieu qui m’imprimait ma direction. A présent que cette main s’est placée entre nous deux, je me sens inutile et abandonné. Comme une pierre détachée de la montagne, je route au hasard, et les accidens du chemin décident seuls de mon impulsion. Cette pierre embarrassait les voies du destin. Son souffle l’a balayée ; que lui importe où elle ira tomber ?


Je croirais assez que mon ancienne affection pour le Tyrol tient à deux légers souvenirs, celui d’une romance qui me semblait très belle quand j’étais enfant, et qui commençait ainsi :

Vers les monts du Tyrol poursuivant le chamois,
Engelwald au front chauve a passé sur la neige, etc. ;

et celui d’une demoiselle avec qui j’ai voyagé, une nuit, il y a bien dix ans sur la route de — à —. La diligence s’était brisée à une descente. Il faisait un verglas affreux et un clair de lune magnifique. J’étais dans une certaine disposition d’esprit extatique et