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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/384

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chute de la mâture. Après s’être long-temps flatté de devenir maître du feu, voyant ses efforts inutiles, il avait pris le parti de faire passer une partie de son équipage à bord de la Surveillante. Un canot, mis à la mer avant le combat, et demeure sain et sauf, lui donnait quelque facilite pour cette opération. Il ordonna à son premier lieutenant, sir John Roberts, de prendre le commandement de cette embarcation ; mais un noble débat s’élève entre eux au sujet de cet ordre. Roberts avait eu un bras cassé, et comme cette blessure était moins grave que celle de Farmer, il sollicitait ce dernier de s’embarquer lui-même à bord du canot, et de le laisser, lui Roberts, sur la frégate. Le capitaine est obligé d’avoir recours à son autorité pour amener la fin de cette discussion. Le lieutenant Roberts descend donc dans le canot avec une partie de l’équipage. Mais à peine ce canot a-t-il débordé le navire, que, surchargé de passagers, il s’engloutit avec ceux qui le montaient ; à peine quelques-uns de ces derniers se soutiennent-ils encore sur l’eau, à chaque instant sur le point de disparaître. A cette vue, des cris terribles s’élèvent à bord du Quebec. Chacun n’a plus de salut à attendre que de soi-même ; les uns se précipitent à la nage, d’autres se lient à des planches, à des cages à poules, à des futailles vides, sur lesquelles ils espèrent flotter quelques instans de plus à la surface des vagues. La flamme continue de pétiller, ses progrès deviennent d’instant en instant plus rapides. Resté presque seul sur le pont, George Farmer, qui vient de voir disparaître le dernier espoir de salut de son valeureux équipage, peut déjà calculer dans combien de minutes l’abîme s’ouvrira sous ses pieds.

Les cutters avaient aperçu un canot qui, du Quebec, se dirigeait vers la Surveillante ; ils avaient aperçu la flamme et la fumée qui entouraient la frégate anglaise, et à cette vue, comme d’un commun accord suspendant le combat, ils s’étaient dirigés vers les frégates. L’Expédition essaya de mettre un canot à la mer, espérant qu’il arriverait avant elle à la Surveillante ; mais il fallut renoncer à cette ressource : le canot, criblé de boulets, ne pouvait tenir la mer ; le cutter lui-même ne pouvait avancer qu’à force de rames, car son gréement était haché, fracassé, sa mâture ébranlée, ses voiles en lambeaux. Les mêmes raisons obligeaient le Rambler à une manœuvre semblable. La houle, l’agitation des vagues, le manque de