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vaillamment l’honneur de la France ; il leur rappelle que leur vie est dans la main de Dieu, que pour eux ils n’ont autre chose à songer qu’à faire leur devoir en gens d’honneur. Il ajoute que des siècles de pénitence ne valent pas la mort du combat pour se présenter au tribunal suprême. Officiers et matelots, après l’avoir écouté en silence, font le signe de la croix quand il a cessé de parler. Chacun retourne à son poste ; seulement quelques marins demeurent encore auprès du prêtre pour se recommander à ses prières ; d’autres déposent entre ses mains quelques parties de leurs épargnes, afin de faire dire des messes pour eux en cas de malheur. De semblables soins avaient aussi préoccupé Du Couëdic. Il n’en était plus à faire ses dispositions testamentaires. L’une de ses sœurs, religieuse à Quimperlé, avait reçu de lui 600 livres à employer en aumônes ou en messes à son intention dans le cas où il eût succombé pendant sa campagne. Dans ce cas, douze pauvres de la même ville devaient aussi être habillés de la tête aux pieds le jour de la fête de son patron : un autre dépôt était destiné à cet usage.

A onze heures, les deux frégates étant à portée, la Surveillante commence le feu. Le Quebec n’y répond pas, il marche comme si de rien n’était, arrive à demi-portée et ne fait feu qu’en cet instant. Du Couëdic imite cette manœuvre, serre le vent, puis à portée de mitraille et de mousqueterie, riposte de toute sa bordée. Le feu continue dès-lors de part et d’autre avec une égale vivacité ; les frégates, toutes deux au vent, sont sur deux lignes parallèles, et se combattent par leur travers.

On combat ainsi pendant une heure ; les boulets emportent les files entières, les vaisseaux en sont criblés, quelques voiles flottent en lambeaux. Mais des deux côtés les pertes sont égales ; entre tous deux le succès demeure indécis.

George Farmer imagine alors de se laisser dépasser par la Surveillante. Il manœuvre pour l’enfiler de la poupe à la proue. Mais cette intention est devinée par son adversaire. La Surveillante se présente déjà par son travers au Quebec quand celui-ci a achevé son évolution, et lui rend sur-le-champ et coup pour coup la bordée qu’elle en reçoit, tant a été rapide sa propre manœuvre.

Ce mouvement ayant rapproché les deux frégates, leur feu devient plus vif et plus efficace ; leurs ponts à toutes deux sont