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s’adresser à toutes ? Dès-lors voilà la question du grand nombre et des pauvres qui revient, question plus terrible et plus funeste encore dans la destinée de la femme que dans celle de l’homme. Tels sont les doutes qu’a fait naître en notre esprit la lecture de l’estimable ouvrage de M. Aimé Martin. Qu’il ne s’effraie pas de ces critiques sincères. Il a abordé une tâche difficile que le temps seul et les efforts successifs peuvent mener à fin. Il y a semé des aperçus justes, des observations élevées ; il a animé un sujet grave de mouvemens honnêtes et généreux ; son style et sa parole sont restés fidèles à l’harmonie de ses maîtres. Il y a du mérite à tout cela.


S.-B.


LE CHÂTEAU SAINT-ANGE [1]. — Dans la préface en forme de dialogue qui précède ce nouveau roman, M. Viennet se plaint amèrement de certains journalistes qui ont déchiré la Tour de Montlhéry, sans la lire, à telles enseignes, qu’il en a trouvé un exemplaire entièrement vierge sur la table du critique qui l’avait le plus maltraitée.

Eh bien ! moi, je n’en fais pas mystère, si M. Viennet, — ce que je n’ai ni le droit ni la présomption d’espérer, — daignait me faire l’honneur de passer demain chez moi, il pourrait voir sur ma table aussi, ou ailleurs, le Château Saint-Ange dans un état de virginité à bien peu de chose près semblable. Pourquoi M. Viennet s’en étonnerait-il ? N’est-il pas tout simple qu’il en advienne de ses romans comme de sa poésie ? Or, quel homme raisonnable s’étant une fois laissé choir, par mégarde, dans une épître ou une tragédie du député de Béziers, s’il a su se tirer sain et sauf de ce guet-à-pens, s’est avisé d’y retomber ?

Je ne maltraiterai pourtant nullement le Château Saint-Ange, le vous assure. Dieu me préserve de me courroucer contre son auteur autant que de le lire. Je veux seulement dire quelques mots de sa nouvelle préface qui mérite bien à certains égards d’être examinée. M. Viennet ne nous avait pas d’ailleurs encore, que je sache, parlé de sa littérature et de sa politique en prose non rimée.

Il est venu d’abord à M. Viennet un scrupule fort singulier. Il a peur qu’on ne lui reproche d’avoir commencé son livre par une faute de français. Nous éprouvons, quant à nous, le besoin de le rassurer là-dessus avant tout. Avec lui, bien qu’il soit au nombre des quarante, ainsi qu’il a soin de nous le rappeler, comme si l’on ne l’en croyait pas capable, ce n’est pas à ces vétilles qu’on regarde.

Mais voici un fait grave que nous révèle son avant-propos. Les journaux vous avaient entretenus long-temps, n’est-il pas vrai, d’une alliance projetée entre les républicains et les légitimistes ? Mais d’une alliance entre les républicains, les légitimistes et les romantiques, vous n’en aviez rien ouï dire ? Eh bien ! cependant cette triple alliance existe. Et contre qui s’est formée, s’il vous plaît, une aussi formidable coalition ? Est-ce contre

  1. Chez Abel Ledoux, rue de Richelieu, 95.