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triomphe de Mme Dorval n’en avait pas été pour cela moins complet. Ç’avait dû lui être une tâche étrangement pénible que de composer le rôle de cette Mme de St.-Brice, caractère si indécis, si mal tracé, si inconsistant, qu’à la double chute du rideau et de l’ouvrage chacun se demandait encore si MM. Empis et Mazères avaient voulu faire leur courtisane odieuse ou intéressante ; incertitude qui rendait tout-à-fait illusoire et sans profit la morale de leur dénouement. Mme Dorval avait pris le bon parti. Elle nous avait intéressés à elle-même. Elle avait mis dans son jeu tous ces traits de naturel exquis et de passion vraie qui lui font une manière si haute et si à part. Elle avait brodé de ses sourires et de ses larmes, comme de perles et de diamans, le canevas grossier qu’on lui avait fourni, et, grâce à elle l’étoffe avait ainsi disparu sous la broderie. C’est ce que l’intelligence du public avait bien compris, et voilà pourquoi, justice une fois faite de la pièce et des auteurs, il avait décerné à l’actrice sa récompense en la redemandant après une comédie tombée, chose inouïe dans les annales du théâtre. Voilà pourquoi il avait au moins profité de la soirée pour élever Mme Dorval à son rang, et proclamer l’avènement de la jeune reine du drame.

Le Constitutionnel et M. Thiers ont cependant prétendu casser cet arrêt. Espérons qu’ils n’auront pas jugé en dernier ressort.


— Un officier du prince Jérôme Bonaparte nous écrit pour réclamer contre un passage d’une de nos chroniques. Jérôme Bonaparte, dit l’auteur de cette lettre, n’a jamais vécu seul avec son secrétaire ; il a été constamment avec sa femme, la princesse Catherine, sœur du roi de Wurtemberg, et entouré de sa famille ; sa maison, ajoute-t-il, est ouverte à toutes les personnes qui veulent y venir chercher l’hospitalité. En réponse aux bruits qui avaient été répandus par quelques compagnons d’exil de Napoléon, et aux reproches qu’ils faisaient à plusieurs membres de sa famille de l’avoir abandonné dans sa détresse, on nous prie, au nom de Jérôme Bonaparte, d’insérer la lettre suivante, adressée autrefois à M. de Las Cases, lettre qui n’infirme cependant qu’en partie ce que nous avons avancé :

« Monsieur le comte,

« Je vous envoie, ci-joint, deux effets faisant ensemble la somme de 15,000 fr. pour ma quotte-part de l’année courante, destinée au soulagement de mon auguste frère ; trop heureux de pouvoir contribuer en quelque chose à adoucir l’affreuse situation dans laquelle il se trouve.

« Je ne mets nullement en doute que vous n’ayez déjà reçu, ou ne