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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/366

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elle eût accordé les supplémens de pouvoir, si on les lui eût demandés, et il faudra encore rendre grâce à ce ministère courtois qui, pouvant nous prendre la vie, daigne se contenter de notre bourse.

Seulement, par décence, et pour n’avoir pas l’air de penser uniquement à l’argent, le gouvernement est venu proposer à la chambre une gracieuse loi de défense qui, selon l’agréable expression de M. Persil, donne à sa nouvelle législation de paix et d’ordre un petit complément indiqué par l’expérience.

Par cette loi, tout détenteur d’armes et de munitions de guerre sera puni d’amende et d’emprisonnement ; travaux forcés à ceux qui seront trouvés, un jour de désordre, les armes à la main, et mort à ceux qui en auront fait usage. Le gouvernement de juillet, qui demandait l’abolition de la peine capitale à l’époque du procès des ministres, laisse enfin échapper le mot de mori en matière politique, qu’il avait depuis trois ans sur les lèvres. Un article de cette loi concerne ceux qui auront fait ou aidé à faire des barricades. Voilà donc le gouvernement des barricades venant demander une loi contre les barricades. Le mot de barricades n’était jamais entré dans une loi, le code l’ignorait ; il est curieux de constater que ceux qui l’y auront inscrit les premiers sont précisément nés de cette chose.

Un autre projet de loi suivra celui-ci, dit-on. Il découle du même principe, et il sera impossible de le repousser. C’est le projet de loi des forts détachés, si bruyamment repoussé, l’année dernière, par l’opinion publique. Mais on fera valoir les immenses services rendus par les forts détachés de Lyon ; on dira aux chambres que Lyon eût été perdu sans le fort Montessui, et que si les troupes eussent été forcées d’évacuer la ville, on l’eût facilement reprise au moyen de ces positions. On espère même obtenir des pétitions de la garde nationale en faveur des forts détachés ; on fait plus, on compte qu’elle ira, l’arme au bras, les construire elle-même. Au reste, si on n’obtient toutes ces choses à cette émeute, on les obtiendra à l’autre, et le ciel est si bon que lorsque la première émeute sera nécessaire, vous pouvez être assurés qu’elle viendra.

Nous ne disons pas d’une manière absolue que le gouvernement fait les émeutes, quoiqu’il en profite ; mais il a été démontré plusieurs fois, et devant des cours de justice, qu’il n’avait pas fait tous ses efforts pour les prévenir et les réprimer. Une émeute se fait et se fomente de mille façons : un gouvernement fait une émeute quand il repousse les plaintes de la classe indigente ; il fait une émeute quand il s’abstient de rétablir la concorde entre les ouvriers et les fabricans, quand il augmente leur mésintelligence par des mesures acerbes ; il la fait quand il laisse