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cherche un pour l’enfant qu’elle vient de mettre au jour. Malheureusement il paraît que l’imagination n’était pas la partie brillante de l’esprit du noble seigneur ; car, ne pouvant venir à bout de trouver ce qu’il cherchait, il rassembla dans un grand dîner toute la noblesse des environs. Le dîner dura trois jours, au bout desquels rien de positif n’était encore arrêté pour le baptême de l’enfant, lorsqu’un des convives proposa, pour en finir, de faire le lendemain une grande chasse dans les montagnes environnantes, et de donner à la ville le nom du premier animal que l’on tuerait. Cette proposition fut reçue par acclamation.

Le lendemain on se mit en route au point du jour. Au bout d’une heure de chasse, de grands cris de victoire se firent entendre : les chasseurs coururent vers l’endroit d’où ils partaient, un archer du duc venait d’abattre un cerf.

Berthold parut très désappointé que l’adresse de l’un de ses gens se fût exercée sur un animal de cette espèce. Il déclara en conséquence qu’il ne donnerait pas à sa bonne et forte ville de guerre le nom d’une bête qui était le symbole de la timidité. De mauvais plaisans prétendirent que le nom de la victime offrait encore un autre symbole, que leur seigneur oubliait à dessein de relater, quoique ce fût peut-être celui qui lui inspirât le plus de répugnance : le duc Berthold était vieux et avait une jeune et jolie femme.

Le coup de l’archer fut donc déclaré non avenu, et l’on se remit en chasse.

Vers le soir les chasseurs rencontrèrent un ours.

Vive Dieu ! c’était là une bête dont le nom ne pouvait compromettre l’honneur ni d’un homme ni d’une ville. Le malheureux animal fut tué sans miséricorde, et donna à la capitale naissante le baptême avec son sang. Aujourd’hui encore, une pierre élevée à un quart de lieue de Berne, près de la porte du cimetière de Muri-Stalden, constate l’authenticité de cette étymologie par une courte, mais précise inscription. La voici en vieux allemand :

ERST BÆR HIER FAM [1].


Il n’y avait rien à dire contre le témoignage de pareilles auto-

  1. C’est ici que le premier ours a été pris.