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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/332

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REVUE DES DEUX MONDES.

précieuses ; Édimbourg lit et critique les œuvres sorties de Weimar et de Berlin ; Strasbourg et Paris apprécient de plus en plus l’Allemagne, toujours attentive aux idées et aux sentimens de la France. Ainsi se prépare lentement le système nouveau des analogies européennes qui doit triompher des vieilles différences. Ce travail sera long, parce qu’il doit être universel, parce qu’il doit embrasser tous les élémens de la nature humaine, parce qu’il doit transformer à des heures différentes du temps tous les peuples du monde historique. Faut-il donc se refuser à l’immensité d’une tâche nécessaire ? Non, chaque homme et chaque peuple doivent en accomplir quelque chose ; il n’y a plus d’autre manière d’aimer l’humanité que de servir la cause des idées et de la science. Si depuis quatre ans l’image de la liberté française semble s’être obscurcie, ne craignons pas d’imputer ces ténèbres, qui peuvent se dissiper, à l’abandon dans lequel les gouvernans et les opposans ont laissé les idées. On a voulu, d’une part, rester immobile dans une position révolutionnaire ; on a voulu, de l’autre, entasser brusquement une autre révolution sur la révolution récente ; ces deux erreurs ont enfanté la guerre civile. La guerre civile dans les rues est une calamité détestable ; l’immobilité dans les lois et les institutions est un outrage à la raison qui apporte toujours à l’humanité des douleurs et des funérailles. Espérons que les communes angoisses de la patrie réveilleront chez tous le désir de demander aux idées et aux principes la réparation de tant d’erreurs et de tant de maux ; nous ne concevons pas de gouvernement qui puisse se mouvoir utilement, s’il n’est animé par un système intelligent et complet ; pas davantage nous ne pouvons croire quelque force et quelque avenir à une opposition, si elle ne peut opposer au système régnant et combattu par elle un autre système plus progressif et destiné à se montrer plus heureux. Ne désespérons pas : il est impossible que la nation qui passe pour la plus spirituelle du monde, cherche de gaieté de cœur sa ruine dans le mépris des idées.

Lerminier.