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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/233

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descriptions graduelles, ménagées, qui disposent à l’émotion. A ce collège de Dol, la troisième année de séjour fut marquée par la révolution d’âme et de sens qu’amena la puberté. Un Horace non châtié et le livre des Confessions mal faites tombèrent aux mains du jeune homme ; il entrevoyait d’une part la volupté flatteuse avec ses secrets incompréhensibles, de l’autre la mysticité délirante apprêtant des flammes et des chaînes. « Si j’ai peint plus tard avec vérité, dit-il, les entraînemens de cœur mêlés aux syndérèses chrétiennes, je l’ai dû à cette double connaissance simultanée. » Le quatrième livre de l’Enéide, les volumes de Massillon où sont les sermons de l’Enfant prodigue et de la Pécheresse, ne le quittaient pas. Chacun reconnaîtra dans ces tableaux quelques traits de sa propre enfance. Mais quelle pudeur de pinceau ! quelle chasteté de ton dans ce trouble et dans ces chaudes haleines ! A côté du penchant voluptueux, voilà tout aussitôt l’idée de l’honneur qui s’éveille : « car, ainsi que le remarque le poète, les passions ne viennent jamais seules ; elles se donnent la main comme les Furies ou comme les Muses. » L’honneur donc, et nous citons toujours, l’honneur, cette exaltation de l’âme qui maintient le cœur incorruptible au milieu de la corruption, ce principe réparateur près du principe dévorant, allume en cette jeune âme un foyer qui ne va plus s’éteindre, et qui sera peut-être son principal autel. Il y a là, à ce sujet, la délicieuse histoire d’un nid de pies déniché malgré les défenses de l’abbé Egault ; l’abbé furieux se venge en condamnant au fouet le coupable. On trouve également dans Rousseau l’histoire d’une condamnation injuste au fouet ; mais Rousseau la subit, et de la main de Mlle Lambercier, avec des sentimens d’une énergie concentrée, violente, toutefois un peu souillée, si l’on s’en souvient. Ici la différence des natures se déclare. Le chevalier résiste, il se défend, il obtient capitulation ; il reste intact, et son honneur, même d’enfant, peut marcher la tête haute, pur d’affront.

La première communion faite, le chevalier de Chateaubriand va de Dol achever ses études au collège de Rennes, où il hérite du lit du chevalier de Parny, où il devient condisciple de Moreau et de Limoëlan. De Rennes, il va ensuite à Brest où il reste quelques mois au milieu des constructions navales comme Télémaque à Tyr, mais sans Mentor. Ses instincts de voyageur se déploient et