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l’auteur. Je n’ai pas sous les yeux la collection complète du Conservateur littéraire et de la Muse française ; mais je dois signaler au public l’altération du premier et du dernier paragraphe dans le morceau qui concerne André Chénier. Dans les pages publiées en 1819 sur l’interprète harmonieux de Mlle de Coigny, on lisait au commencement :

« Un jeune homme, élevé au milieu du siècle des idées nouvelles, de ce siècle remarquable par tant d’erreurs brillantes, s’attache servilement sur la trace des maîtres. Egaré par un excès de modestie, comme tant d’autres par un excès d’orgueil, loin de chercher une renommée prématurée, il se livre à des études solitaires ; les encouragemens de quelques amis lui suffisent, il traverse son siècle également inconnu à la gloire et à la critique. Tout à coup il tombe avant le temps : Je n’ai rien fait pour la postérité, dit-il ; du moins a-t-il fait assez pour sa gloire, en montrant ce qu’il aurait pu faire.

« Tel fut André Chénier, jeune homme d’un véritable talent, auquel peut-être il n’a manqué que des ennemis. »

Voici les lignes substituées en 1834 :

« Un livre de poésie vient de paraître. Et quoique l’auteur soit mort, les critiques pleuvent. Peu d’ouvrages ont été plus rudement traités par les connaisseurs que ce livre. Il ne s’agit pas cependant de torturer un vivant, de décourager un jeune homme, d’éteindre un talent naissant, de tuer un avenir, de ternir une aurore. Non, cette fois, la critique, chose étrange, s’acharne sur un cercueil ! pourquoi ? en voici la raison en deux mots. C’est que c’est bien un poète mort, il est vrai, mais c’est aussi une poésie nouvelle qui vient de naître. Le tombeau du poète n’obtient pas grâce pour le berceau de sa muse. »

On lisait dans les pages de 1819 cette phrase-ci qui ne se retrouve point dans les pages de 1834 :

« Cela ne veut point dire qu’il soit bon auteur, mais cela prouve du moins qu’il avait tout ce qu’il faut pour l’être, les idées ; le reste est d’habitude. »

La dernière ligne publiée en 1819 est donnée comme une pensée de Voltaire. En 1834, la citation subsiste ; mais l’indication de l’origine disparaît.