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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/194

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188 uevue des deux mondes.

— Ce caractère vous étonne ; si vous aviez plus d’expérience, ma chère dame, vous sauriez qu’il est fort répandu dans le monde. Pour l’avoir à un certain degré, il faut une certaine supériorité d’intelligence, et si beaucoup de sots s’en abstiennent, c’est qu’ils sont incapables de le soutenir. Vous verrez presque toujours un homme médiocre et vain se renfermer dans une manière d’être obstinée, qu’il prendra pour une spécialité, et qui le consolera des succès d’autrui. Il s’avouera moins brillant, mais il se déclarera plus solide et plus utile. La terre n’est peuplée que d’imbéciles insupportables ou de fous nuisibles. Tout bien considéré, j’aime encore mieux les derniers ; j’ai assez de prudence pour m’en préserver, et assez de tolérance pour m’en amuser. Mieux vaut rire avec un mahcieux bouffon que bâiller avec un bonhomme ennuyeux. C’est pourquoi vous m’avez vu dans l’intimité d’un homme que je n’aime ni n’estime. D’ailleurs j’étais attiré ici par vos manières affables, par votre angélique douceur ; je me sentais pour vous une amitié paternelle. Le jeune lord Edwards, qui vous avait vue de sa fenêtre passer des heures entières immobile et rêveuse à votre balcon, m’avait pris pour confident de la passion violente qu’il a conçue pour vous. Je l’avais présenté ici, désirant franchement et ardemment que vous ne restassiez pas plus long-temps dans la position douloureuse et humiliante où l’abandon de Leoni vous laissait ; je savais que lord Edwards avait une ame digne de la vôtre, et qu’il vous ferait une existence heureuse et honorable… Je viens aujourd’hui renouveler mes efforts et vous révéler son amour, que vous n’avez pas voulu comprendre…

Je mordais mon mouchoir de colère ; mais, dévorée par une idée fixe, je me levai et je lui dis avec force :

— Vous prétendez que Leoni vous autorise à me faire ces inliimes propositions, prouvez-le-moi ; oui, monsieur, prouvez-le ! — Et je lui secouai le bras convulsivement.

— Parbleu ! ma chère petite, me répondit ce misérable avec son impassibilité odieuse, c’est bien facile à prouver, mais comment ne vous l’expliqucz-vous pas à vous-même ! Leoni ne vous aime plus ; il a une autre maîtresse.

— Prouvez-le ! répétai-je avec exaspération.

— Toul-à-l’heure, toul-à-l’heure, dil-il. Leoni a grand besoin i