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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/190

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iS4 RiiVLE DES DEUX MOiNDES.

tu, y peux-tu croire ? Oh ! que je souffre ! Que j’ai souffert depuis (fuinze jours ! J’ai des secrets qui me brûlent les entrailles ; si je pouvais te les dire, mais tu ne pourrais jamais les entendre jusqu’au bout. . .

— Je les sais, lui dis-je, et si tu m’aimais, je serais insensible à tout le reste...

— Tu les sais ! s’écria-t-il d’un air égaré, tu les sais ! Que sais-tu ?

— Je sais que vous êtes ruiné , que ce palais n’est point à vous , (]ue vous avez mangé en quatre mois une somme immense ; je sais que vous êtes habitué à cette existence aventureuse et à ces désordres ; j’ignore comment vous défaites si vite et comment vous rétablissez votre fortune ainsi ; je pense que le jeu est votre perle et votre ressource ; je crois que vous avez autour de vous une société funeste, et que vous luttez contre d’affreux conseils ; je crois que vous êtes au bord d’un abîme, mais que vous pouvez encore le fuir.

— Eh bien ! oui, tout cela est vrai , s’écria-l-il , tu sais tout ! et tu me le pardonnerais ?

— Si je n’avais perdu votre amour, lui dis-je, je croirais n’avoir rien perdu en quittant ce palais, ce faste et ce monde qui me sont odieux. Quelque pauvres que nous fussions, nous pourrions toujours vivre comme nous avons fait dans notre chalet, soit là, soit ailleurs , si vous êtes las de la Suisse. Si vous m’aimiez encore, vous ne seriez pas perdu, car vous ne penseriez ni au jeu, ni à l’intempérance , ni à aucune des passions que vous avez célébrées dans un toast diabolique ; si vous m’aimiez, nous paierions avec ce qui vous reste ce que vous pouvez devoir, et nous irions nous ensevelir et nous aimer dans quelque retraite, où j’oublierais vite ce que je viens d’apprendre , où je ne vous le rappellerais jamais , où je ne pourrais pas en souffrir.... Si vous m’aimiez !

. . . 

— Oh ! je t’aime, je t’aime, s’écria-t-il, partons ! Sauvons-nous, sauve-moi ! Sois ma bienfaitrice , mon ange , comme tu l’as toujours été. Viens, pardonne-moi.

Il se jeta à mes pieds, et tout ce que la passion la plus fervente peut dicter, il me le dit avec tant de chaleur que j’y crus ,... et que