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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/186

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ÎSO KEVUE DES DEUX MONDES.

— Oui, repartit Ghalm, le juif Thadée lui acompte cent cin- (juante mille francs au commencement de l’hiver.

— C’est très bien , dit le marquis. Leoni, as-tu paye le loyer de ton palais héréditaire ?

— Parbleu ! d’avance , dit Chalm, est-ce qu’on le lui aurait loué sîuis ça ?

— Qu’est-ce que tu comptes faire , quand tu n’auras plus rien ? demanda à Leoni un des parieurs.

— Des dettes, répondit Leoni avec un calme impertuibable.

— C’est plus facile que de trouver des juifs qui nous laissent trois mois en paix, dit le vicomte. Que feras-tu quand tes créanciers te prendront au collet ?

— Je prendrais un joli petit bateau.... répondit Leoni en souriant.

— Bien, et tu iras à Trieste ?

— Non, c’est trop près ; à Païenne, je n’y ai pas encore été.

— Mais quand on arrive quelque part, dit le marquis, il faut faire figure dès les premiers jours.

— La Providence y pourvoira , répondit Leoni , c’est la mère des audacieux.

— Mais non pas celle des paresseux, dit Chalm , et je ne connais au monde personne qui le soit plus que toi. Que diable as-tu fait en Suisse avec ton infante pendant six mois ?

— Silence là-dessus, répondit Leoni, je l’ai aimée, et je jetterai mon verre au nez de quiconque le trouvera plaisant.

— Leoni, tu bois trop, lui cria un autre parieur.

— Peut-être, répondit Leoni, mais j’ai dit ce que j’ai dit. Le vicomte ne répondit pas à cette espèce de pi’ovocation , et le marquis se hâta de détourner la conversation.

— Mais pourquoi, diable ! ne joues-tu pas ? dit-il à Leoni.

— Ventre-dieu ! je joue tous les jours pour vous obliger. Moi cjui déteste le jeu , vous me rendrez stupide avec vos cartes et vos dés, et vos poches qui sont comme le tonneau des Danaïdes, et vos mains insatiables ! Vous n’êtes que des sots, vous tous. Quand vous avez fait un coup, au lieu de vous reposer et de jouir de la vie en voluptueux, vous vous agitez jusqu’à ce que vous ayez gâté la chance.