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qui, comme lui, a supporté dans un seul jour la chaleur, la pluie et la faim.

On devine quelle impression dut faire un pareil reproche sur des hommes rôtis par le soleil, mouillés jusqu’aux os, et mourant d’inanition. Aussi demeurâmes-nous dans l’insensibilité la plus complète, seulement la traduction de ces paroles nous amena tout naturellement à demander à notre cocher s’il n’y avait pas une auberge sur la route que nous avions à parcourir pour arriver à Berne. Sa réponse fut désespérante.

Deux heures après, il s’arrêta, et nous demanda si nous voulions visiter le champ de bataille de Laupen.

— Y a-t-il une auberge sur le champ de bataille de Laupen ?

— Non, monsieur, c’est une grande plaine où Rodolphe d’Erlac, à la tête du peuple, a vaincu la noblesse, l’an 1339…

— Très bien ; et combien de lieues encore d’ici à Berne ?

— Cinq.

— Un thaler de trinkgeld [1], si nous y sommes dans deux heures.

Le cocher mit son cheval au galop avec une ardeur que la nuit ne put ralentir, et une heure et demie après, du haut de la montagne de Bümplitz, nous vîmes, éparpillées dans la plaine et brillantes comme des vers luisans sur une pelouse, les lumières de la capitale du canton bernois.

Au bout de dix minutes, notre voiture s’arrêta dans la cour de l’hôtel du Faucon.

ALEX. DUMAS.



(La suite à une prochaine livraison.)



  1. Pourboire ; mot à mot, argent pour trinquer.