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effacés. Nous retrouvâmes avec peine la forme des lettres, nous pûmes lire enfin le nom de Marie-Louise ; la fille des Césars d’Allemagne, qui à cette époque était encore femme d’empereur et mère de roi, avait visité cet ermitage en 1813, et y avait écrit son nom, presque effacé aujourd’hui dans l’histoire, comme il l’est sur cette porte.

Nous passâmes de ce corridor dans la chambre de l’ermite, qui forme la dernière pièce de ce bizarre appartement. Son lit de bois, sur lequel étaient posés un matelas et une couverture, sert aujourd’hui de couche à la vieille femme, et en face de cette couche, quelques brins de paille étendus sur le plancher humide, insuffisans pour un cheval dans une écurie, pour un chien dans une niche, servent de litière à l’idiot. C’est là que ces malheureux passent leurs jours, vivant des aumônes des curieux qui viennent visiter leur étrange demeure.

La longueur de la trouée faite dans le roc par l’ermite est de trois cent soixante-cinq pieds : il s’est arrêté à ce chiffre, en mémoire des jours de l’année. La voûte a partout quatorze pieds de hauteur.

En revenant par la chambre contiguë à la chapelle, nous descendîmes les dix-huit marches de l’escalier, qui nous conduisit au jardin, où poussent quelques misérables légumes qu’entretient le jeune homme qui nous servait de guide. Un geste démonstratif, accompagné de sa syllabe habituelle, heu ! heu ! nous fit tourner la tête vers une excavation du rocher : c’est l’entrée d’une fontaine d’eau excellente ; on l’appelle la Cave de l’ermite.

Nous avions vu dans tous ses détails cette singulière construction. Le temps s’était réclairci pendant que nous la visitions : ce que nous avions de mieux à faire était de remonter en voiture et de nous mettre en route pour Berne. Nous traversâmes la poterne et nous nous mîmes en quête de notre guide, très préoccupés des premiers symptômes d’une faim qui promettait de devenir dévorante. Nous trouvâmes notre clerc de Saint-Nicolas assis à l’ombre d’un arbre, et ayant devant lui une pierre sur laquelle on voyait les débris d’un repas. Le drôle venait de déjeuner merveilleusement, autant que nous en pûmes juger par les os de poulet qui jonchaient la terre autour de lui, et par une gourde qui,