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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/103

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des confédérés. Le reste de la route n’offre rien de remarquable que la jolie vallée de Gotteron qui vient se réunir à la route une lieue avant Fribourg, et qui s’étend jusqu’aux portes de la ville. Sur le sommet opposé à celui que nous suivions, notre guide nous fit remarquer l’ermitage de Sainte-Madeleine, qu’il nous invita à visiter le lendemain, et au fond de la vallée, un aqueduc romain, qui sert aujourd’hui à conduire une partie des eaux de la Sarine jusqu’aux forges de Gotteron.

La porte par laquelle on entre dans Fribourg, en arrivant de Morat, est une des constructions les plus hardies que l’on puisse voir : suspendue comme elle l’est au-dessus d’un précipice de deux cents pieds de profondeur, on n’aurait qu’à la détruire pour rendre la ville imprenable de ce côté ; Fribourg tout entier, du reste, semble le résultat d’une gageure faite par un architecte fantasque, à la suite d’un dîner copieux. C’est la ville la plus bossue que je connaisse : le terrain a été pris tel que Dieu l’avait fait ; les hommes ont bâti dessus, voilà tout. À peine a-t-on dépassé la porte, qu’on descend, non pas une rue, mais un escalier de vingt-cinq ou trente marches ; on se trouve alors dans un petit vallon pavé, et bordé de maisons des deux côtés. Avant de monter vers la cathédrale qui se trouve en face, il y a deux choses à voir : à gauche, une fontaine ; à droite, un tilleul. La fontaine est un monument du XVe siècle, curieux de naïveté : elle représente Samson terrassant un lion. L’Hercule juif porte à son côté, passée dans un ceinturon, sa mâchoire d’âne en guise d’épée. — Le tilleul est à la fois un souvenir et un monument du même siècle ; voici à quelle tradition se rattache son existence :

Nous avons dit que les quatre-vingts jeunes gens que Fribourg avait envoyés à la bataille de Morat, avaient, pour se reconnaître entre eux pendant la mêlée, orné leurs casques et leurs chapeaux de branches de tilleul ; aussitôt que celui qui commandait ce petit corps de frères, eut vu la bataille gagnée, il dépêcha un de ses soldats vers Fribourg, pour y porter cette nouvelle. Le jeune Suisse, comme le Grec de Marathon, fit la course tout d’une traite, et, comme lui, arriva mourant sur la place publique, où il tomba en criant : victoire ! et en agitant de sa main mourante la branche de tilleul qui lui avait servi de panache. Ce fut cette branche qui,