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bat venait donc de se rétablir avec quelque apparence de fortune pour le duc, lorsqu’il entendit à son extrême droite de grands cris et un grand tumulte. Hertenstein et son arrière-garde avaient continué le mouvement circulaire indiqué à l’armée suisse par son plan de bataille, étaient parvenus à tourner le camp, et l’attaquaient à l’endroit où il se réunissait au lac. C’était le point que défendait le grand Bâtard ; il fit courageusement face à l’assaut, et peut-être l’eût-il repoussé, si un grand désordre ne s’était mis parmi ses gens d’armes. Adrien de Bubemberg était sorti de la ville avec deux mille hommes et venait de le prendre entre deux feux.

Cependant le duc Charles n’avait pu reprendre son artillerie, qui était aux mains des Suisses ; chaque décharge lui enlevait des rangs entiers. Mais comme l’élite de ses troupes était avec lui, nul ne pensait à reculer. C’étaient les archers à cheval, les gens de son hôtel et les Anglais ; peut-être eussent-ils tenu ainsi long-temps, si le duc René, qui s’était remonté, ne fût venu, escorté des comtes d’Eptingen, de Thierstein et de Gruyère, se jeter avec ses trois cents chevaux au milieu de cette boucherie. Le duc de Sommerset et le comte de Marle tombèrent sous le premier choc. C’était surtout à la bannière du duc qu’en voulait René, son ennemi mortel ; trois fois il poussa son cheval si près d’elle, qu’il n’avait qu’à étendre la main pour la saisir, et trois fois il trouva entre elle et lui un chevalier nouveau qu’il lui fallut abattre ; enfin il parvint à joindre Jacques de Maes, qui la portait, tua son cheval ; et, tandis que le cavalier était pris sous l’animal mourant, et qu’au lieu de se défendre, il serrait contre sa poitrine la bannière de son maître, René parvint à trouver avec son épée à deux mains le défaut de son armure, et se laissant peser de toute sa force sur la poignée, cloua son ennemi contre terre. Pendant ce temps, un homme de sa suite, se glissant entre les jambes des chevaux, arrachait des mains de Jacques de Maes la bannière que le loyal chevalier ne lâcha qu’en expirant.

Dès-lors ce fut comme à Granson, non plus une retraite, mais une déroute ; car Waldmann, vainqueur aussi sur le point qu’il avait attaqué, vint encore augmenter le désordre. Le duc Charles, et ce qui lui restait de soldats, étaient entourés de tous côtés ; le comte de Romont, inquiété par ceux qu’on avait détachés contre