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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/84

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apprend enfin, par divers témoignages, que le pape est vivant ; qu’il est prisonnier dans une tour de la ville.

À cette nouvelle, le peuple pousse des cris de joie vers le ciel. Le jour paraissait, et tout devenait plus certain et plus facile. On marche en armes vers la forteresse désignée, que l’on nomme de tous côtés le repaire de l’anté-christ. Quelques-uns des hommes d’armes de Cinci en défendaient les premières approches ; ils sont attaqués, mis en fuite, et se rejettent dans l’enceinte fortifiée, auprès de leurs camarades. Le peuple alors en forme le siége : on apporte des machines de guerre ; on bat les murs à coups redoublés ; on allume des feux au pied des portes. Les assaillans combattent à l’envi ; personne ne se ménage pour une cause si sainte. Le rempart extérieur cède et s’écroule, et le peuple est au pied de la tour[1].

Pendant l’assaut, Grégoire VII, jeté d’abord dans une chambre de cette tour, y recevait à la fois des soins extraordinaires et des outrages. Un habitant de la ville et une femme de noble naissance s’étaient introduits avec les ravisseurs ; et là, oublié dans la confusion du combat, cet homme couvrait de fourrures le pontife souffrant du froid de la nuit, et réchauffait sur son propre sein les pieds glacés du vieillard[2].

La femme, avec un zèle plus tendre encore, lavait et pansait sa blessure, en accusant les ennemis de Dieu, les meurtriers sacriléges dont elle était entourée ; puis, versant des larmes, elle baisait avec religion la poitrine, les cheveux, les vêtemens du pontife. Ce spectacle rappelait aux imaginations du temps les soins de Madeleine pour le Sauveur lui-même[3]. Mais, au même lieu, à la même heure, une autre femme, la sœur de Cinci, vint accabler le pontife de malédictions et d’injures[4].

  1. Ignis appositus est ; allatisque machinis et arietibus, rumpitur murus. Paul. Bern., pag. 123.
  2. Vir ille, tædio detractionis et algore hibernalis noctis afflictum allatis calefecit pellibus, pedesque ejus in sinu suo composuit. Ibid.
  3. Matrona vero ipsa, fomento medicaminis sui, Patris nostri plagam, nimio sanguinis rosei profluvio tabidam, deplorando mulcebat… Altera nimirum Maria effecta, caput pectusque deosculans lacrymis rigabat. Ibid.
  4. Traditoris soror Patri maledicere non formidabat. Ibid., pag. 124.