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Toutefois, rien ne paraissait encore ; et Grégoire célébrait avec sécurité les cérémonies saintes, se montrait souvent au peuple, et remplissait tous les devoirs de chef et de pontife.

La veille de Noël, il était allé, selon l’usage, à Sainte-Marie-Majeure, sur le mont Esquilin. Élevée près des ruines d’un temple de Diane, au lieu où furent les jardins de Mécène, cette basilique, la seconde des Patriarchales de Rome, était particulièrement chère à la dévotion du peuple. Parmi de pieuses reliques, on y vénérait un antique tableau de la Vierge, portant sur son bras gauche son divin enfant. Cette image, disait-on, venue de l’Orient, avait été peinte par l’apôtre saint Luc[1] : elle faisait des miracles ; et l’on racontait que, promenée dans la ville, au temps du pape saint Grégoire, elle avait subitement conjuré le fléau d’une peste. Agrandie et ornée, sous le pape Sixte III[2], Sainte-Marie, depuis le cinquième siècle, était, chaque année, visitée à Noël par la ville entière, qui, se pressant à la messe pontificale, passait là toute la nuit dans les chants et les prières. Mais cette fois le pape n’avait été suivi à Sainte-Marie que d’un petit nombre de prêtres. Un long et violent orage, qui parut aux esprits préoccupés de l’anté-christ annoncer le retour du déluge[3], avait retenu beaucoup de familles dans leurs maisons. Les voisins s’étaient à peine visités durant le jour ; et peu de fidèles, par cette nuit pluvieuse et noire, avaient fait le pélerinage de Sainte-Marie, dans un quartier lointain et désert.

Cependant le pape, revêtu de ses saints ornemens, debout à l’autel, célébrait la messe de minuit. Il venait de communier avec son clergé ; le reste du peuple présent communiait encore, et le pape n’avait pas dit l’oraison dernière[4]. Tout à coup l’église est envahie à grands cris, par des hommes couverts de fer. L’épée à la main, renversant tout sur leur passage, ils courent à la cha-

  1. Imago G. V. Mariæ in quadam grossa tabula, cum imagine Filii in brachio sinistro, quam depinxit S. Lucas evangelista. Basiliæ S. Mariæ Majoris descriptio.
  2. Diarium italic., pag. 106.
  3. Ipsum primi temporis imminere diluvium omnibus videbatur. Paul. Bernriedens., pag. 122.
  4. Antequam post-communiatem orationem finiret Eucharistiatus. Berthold. Const., Chronicon, pag. 29.