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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/79

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tent plus haut, et tenaient moins encore à la rude licence du moyen-âge qu’à la nature même du gouvernement pontifical, puissance toute d’imagination et de foi, sans force matérielle, idole adorée au loin, faible et vulnérable dans son temple.

Aux siècles antérieurs, les barons romains, c’est-à-dire les seigneurs goths ou lombards, maîtres de quelques châteaux dans la banlieue de Rome, ou de quelque ruine fortifiée dans la ville, avaient souvent rançonné l’Église, en avaient opprimé le chef, s’en étaient disputé l’élection. Depuis qu’il n’y avait plus d’empereurs, ni de Théodoric, un comte de Toscanelle ou de Tibur, aidé de quelques hommes d’armes, disposait de la tiare ; et la dépendance locale du siége de Rome s’était aggravée, en même temps que son nom grandissait dans le vide qu’avait laissé la chute de l’empire. Charlemagne délivra de ce joug honteux la chaire pontificale ; et, l’exhaussant pour être couronné par elle, il l’avait rendue puissante à Rome et dans l’Italie. Après lui, comme le désordre recommença, elle fut faible à l’intérieur, en dominant au dehors. Elle fit juger l’empereur Louis par des évêques, et redevint elle-même en butte à quelques châtelains pillards de la campagne de Rome. Les Othon, les Henri, survenant comme de plus puissans maîtres et de plus glorieux oppresseurs, ne détruisirent pas entièrement cette féodalité des barons romains ; elle reparaissait par intervalle, dans l’éloignement des lances allemandes. Quelquefois elle vendait ses services à l’empire, appuyait les Allemands, intrus évêques dans Rome, et réprimait le peuple, zélé pour les droits de l’Église ; quelquefois elle s’unissait à lui, contre la domination allemande. C’était parmi cette noblesse qu’était toujours choisi le préfet de Rome[1], magistrat équivoque qui prêtait hommage au pape, et recevait de l’empereur l’investiture et le glaive. Toutefois, la puissance de ces familles allait s’affaiblissant, depuis que des seigneuries bien autrement redoutables, celles de Mathilde et des ducs normands, s’étaient élevées dans la Toscane et la Calabre.

  1. Urbis præfectus de sua dignitate respicit utrumque, videlicet domnum papam, cui facit hominium, et domnum imperatorem a quo accepit suæ potestatis insigne, scilicet exertum gladium. Gerohus Reichperg. apud Baluz. miscell., t. v.