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France. Il s’agissait de soixante-quinze millions que le gouvernement de l’Union voulait nous faire payer, en dédommagement des pertes éprouvées par des citoyens américains, à l’époque où Napoléon fit saisir et mettre sous le séquestre, dans nos ports, tous les vaisseaux anglais qui se présentaient sous le pavillon américain. Un grand nombre de vaisseaux des États-Unis furent enveloppés dans cette mesure, et durant toute la restauration, on négocia pour satisfaire aux réclamations des États-Unis, sans toutefois admettre leurs prétentions exorbitantes. Les archives de la marine et des affaires étrangères prouvent, à n’en pas douter, que la majorité des bâtimens saisis, et dont le gouvernement américain réclame le paiement, appartenaient réellement à des Anglais ; et trois commissions, prises dans le sein des chambres et du conseil d’état, ont successivement reconnu l’exactitude de cette assertion. Une somme de quinze millions avait été acordée par ces commissions. Toutes les influences furent employées par les envoyés des États-Unis pour faire élever cette somme. Le crédit de M. Lafayette fut même mis en œuvre pour cette affaire, et M. Sébastiani, au mépris du jugement des commissions, fixa à vingt-cinq millions l’indemnité qui avait été fixée à quinze, enlevant ainsi arbitrairement dix millions à la France. Ce traité a été ratifié par le roi ; mais on n’a pas encore osé le soumettre à l’approbation des chambres. On dit même qu’il ne sera pas présenté dans la session prochaine, où les demandes d’argent de toute espèce ne manqueront pas.

Quelque temps après cette dernière négociation, M. Sébastiani, frappé d’une apoplexie qui lui ravit une partie de ses facultés, s’achemina lentement vers l’Italie, pour y rétablir, sous un ciel plus chaud, les forces de son corps et de son esprit, si cruellement altérées par cet événement.

Sully rapporte, dans ses Mémoires, que son maître Henri IV l’ayant envoyé à Londres pour travailler avec Jacques Ier contre la maison d’Autriche, il ne voulut pas partir sans une attestation de la main du roi qui prenait sur lui, par cet acte, toute la responsabilité de cette démarche. Il agit même de la sorte lorsque Henri IV lui ordonna de correspondre par chiffres avec lui. Henri IV était cependant un roi absolu ; mais Sully était un homme prudent qui