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qui eurent lieu au sujet de la Belgique et de la Pologne, et dont Lamarque fit à peu près seul tous les frais, on croit ouvrir un chapitre de Plutarque, et assister aux grands débats politiques de l’ancienne Rome, que soutenaient, contre quelques patriciens égoïstes et craintifs, ces fiers généraux qui avaient lutté contre Annibal, et donné à leur nation le premier rang dans l’histoire du monde.

Dans une de ces mémorables séances, M. Sébastiani dut subir des reproches tout semblables à ceux qu’il adressait, sous la restauration, aux ministres de Louis XVIII et de Charles X, et se défendre « d’avoir sacrifié à de lâches frayeurs l’honneur et la dignité de la France. » Lamarque l’avait interpellé avec cette mordante énergie qui rendait ses paroles si redoutables. M. Sébastiani, déjà tout mutilé par les attaques continuelles que son brillant adversaire faisait pleuvoir sur lui depuis plusieurs mois, fit, je dois le dire, d’incroyables efforts pour se défendre. Lamarque avait demandé si le roi né d’une insurrection légitime avait promis de s’armer contre toute insurrection. M. Sébastiani, qui avait envoyé peu de temps auparavant des agens secrets pour pressentir l’Italie, l’Allemagne et jusqu’à la Prusse, qui, le matin même de ce jour, avait accordé quelques momens d’entretien à un jeune membre des sociétés secrètes, revenu la veille des bords du Rhin, et dont je pourrais vous citer le nom, M. Sébastiani s’écria avec une véritable indignation : « Il y a des hommes qui voudraient nous entraîner à une guerre d’opinion, nous jeter dans une prétendue alliance des peuples contre les gouvernemens ; nous leur demanderons de quel droit ils prétendent s’attribuer ou nous conférer la mission de révolutionner tous les peuples. Nous connaissons leur but et leur secrète pensée. Ces hommes travaillent à amener les bouleversemens au-dedans par les bouleversemens au-dehors. Ce qu’ils désirent, nous l’évitons ; ce qu’ils craignent, nous le recherchons. A défaut de règles fixes, de conduite, leurs exhortations, leurs craintes et leurs joies suffiraient pour éclairer notre marche et pour nous faire apercevoir les abîmes où ils voudraient nous jeter. » Ce discours fut l’une des plus belles improvisations de M. Sébastiani ; il se justifia de n’avoir pas envoyé de secours à la Pologne, en disant que