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Sébastiani ne se compromit pas avec la populace des trois jours, que les honneurs vinrent trouver son mérite, et qu’il n’alla pas les ramasser dans la rue. Sans doute, il lui fallut faire quelques concessions aux circonstances, et aussi long-temps que le roi Louis-Philippe se laissa garder dans son Palais-Royal par des ouvriers en veste bleue, M. Sébastiani consentit à recevoir et à écouter patiemment les membres des sociétés populaires, et notamment de la fameuse société qui avait pris pour devise : Aide-toi, le ciel t’aidera. Un des membres les plus influens du comité de ce club avait même reçu de M. Sébastiani, alors au ministère de la marine, un laissez-passer qui lui permettait de se présenter à toute heure du jour et de la nuit chez le ministre. Je n’ai pas besoin d’ajouter que ces touchantes et familières communications entre le comte Sébastiani et le parti démocratique ne durèrent pas long-temps.

D’autres communications, plus tendres et plus intimes, s’étaient établies entre M. Sébastiani et celui qui était devenu le personnage principal de la révolution. Vous me permettrez de ne pas m’étendre sur les motifs de cette sympathie ; qu’il vous suffise de savoir que bientôt on trouva que M. Sébastiani était merveilleusement propre à faire un ministre des affaires étrangères, et que tout le secret des négociations extérieures resta concentré entre ce personnage et lui.

Trois grands évènemens signalèrent le passage de M. Sébastiani au ministère des affaires étrangères. La révolution de la Belgique, l’insurrection de la Pologne, et l’affaire qui motiva le rappel du général Guilleminot, notre ambassadeur à Constantinople. Il faudrait avoir l’intelligence corse et la finesse italienne de M. Sébastiani lui-même, jointes au génie retors et matois du personnage qui le seconda, ou, pour dire vrai, qu’il seconda dans cette affaire, si l’on voulait suivre dans leur marche tortueuse les négociations diplomatiques qui se firent au nom de la France, à l’occasion de la nomination d’un roi des Belges. M. Bresson, homme droit et intelligent, était alors chargé, en apparence du moins, de nos affaires à Bruxelles. Dans toutes les instructions qui lui furent adressées, on lui recommandait de combattre de toutes ses forces l’élection du jeune duc de Leuchtenberg, et de travailler en faveur du duc de Nemours. On s’engageait formellement à accepter le trône qu’on