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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/711

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sans cela vous ouvrez la porte aux plus grands abus ; ce n’est pas là ce qu’exige un bon ordre administratif, il demande que l’état de ces pensions soit imprimé et distribué à la Chambre ; alors elle connaîtra, elle pourra discuter la validité des titres. »

Ces paroles ne sont pas celles d’un orateur éloquent, mais elles expriment une pensée d’honnête homme. Dans cette circonstance, Foy vint encore en aide au général Sébastiani ; il développa et mit en saillie sa pensée, toujours un peu nue, et s’empara du côté brillant de la question. Toutefois, M. Sébastiani avait courageusement commencé l’attaque, et il n’a pas dépendu de lui, sans doute, de réaliser plus tard, pendant son ministère, les salutaires réformes qu’il poursuivait alors avec tant de conscience. En général, M. Sébastiani s’entendait parfaitement, à cette époque, à tracer les devoirs d’un ministre des affaires étrangères : « On nous demande trois cent mille francs de plus pour ce ministère, disait-il alors ; je voterais avec plaisir pour ce département non-seulement trois cent mille francs, mais trois millions, pourvu qu’on les dépensât de manière à assurer à la France le rang et la dignité qui lui appartiennent dans la politique européenne. Quand je vois dans cet état politique trois souverains s’arroger le droit de juger les destinées du monde, je ne puis m’empêcher d’apercevoir une résolution monstrueuse dans la diplomatie européenne. Ne vous y méprenez pas. Une fausse sécurité vous trompe. Le mouvement du siècle a été arrêté un instant, mais le mouvement du siècle est le plus fort. A L’orateur passa ensuite aux autres ministères, et il ajouta : « Le ministère de la guerre n’est-il pas à blâmer ? Les places ne sont pas dans un état satisfaisant. La frontière de l’est est entièrement ouverte. Depuis que l’Autriche est en possession de l’Italie, Lyon et la portion de nos frontières qui dépend de sa défense ne sont plus suffisamment couvertes. Tandis que nous abandonnons, pour ainsi dire, les places qui importent à notre défense, l’Allemagne et la Belgique en élèvent de toutes parts sur nos frontières et dans l’intérieur de leurs états. Comment voulez-vous que les amis de leur pays, de la gloire de leur patrie, ne s’indignent pas d’une telle conduite ? Je sens qu’il est impossible de conserver tout le sang-froid qui convient à une discussion en jetant les yeux sur un état aussi misérable. »