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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/709

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L’élégance de M. Sébastiani, son esprit, ses bonnes manières produisaient peu d’impression dans les séances publiques de la chambre, mais il était écouté avec beaucoup d’attention dans les comités secrets, où il se livrait, sinon avec abandon, du moins avec une facilité rare, au talent de conversation qui le distingue. A la tribune, les étrangers qui avaient vu Foy et Lamarque avaient peine à reconnaître en lui un général de l’empire. Sa voix lente et ampoulée ne décelait guère un homme qui avait l’habitude du commandement militaire ; et ses gants blancs, qu’il ne quittait jamais, sa coiffure savamment combinée, les poses théâtrales qu’il prenait en face de la chambre quand il s’apprêtait à parler, eussent nui au discours le plus éloquent. Or, ceux de M. Sébastiani n’étaient pas de nature à atténuer l’effet que produisait sa personne. Il se posait en public avec trop de dignité et de hauteur pour se livrer à cette causerie fine et à cet esprit brocardeur, comme dit Plutarque en parlant de Cicéron, qui constituent une grande partie de son mérite ; et comme l’ame et l’enthousiasme réel lui manquaient, il resta constamment au-dessous de tous les généraux ses collègues. Plusieurs fois cependant, durant le cours de sa vie politique au sein de l’opposition, M. Sébastiani saisit l’occasion de se placer avec distinction comme un défenseur ardent des intérêts et de la dignité de la France. On le vit réclamer, en 1821, avec beaucoup de chaleur, en faveur des donations du Mont-Napoléon de Milan. Il déclara qu’il venait dénoncer à la France l’état d’abaissement où l’avait réduite le gouvernement des Bourbons, qui avait refusé de s’interposer entre les donataires du Mont-Napoléon et le gouvernement autrichien, qu’il eût fallu sommer de reconnaître les titres fondés sur la conquête, et il s’éleva, mais indirectement, contre le général Foy, qui, dans un généreux élan, venait de s’écrier : « Des batailles gagnées nous avaient donné les donations ; des batailles perdues nous les ont fait perdre. Il n’y faut plus songer ! » Le général Sébastiani tenait davantage à ses conquêtes. Dans cette circonstance, il se montra plein d’énergie et de vigueur, et si la révolution de juillet eût parlé aux puissances étrangères le langage que M. Sébastiani voulait faire tenir par la restauration, il eût laissé des souvenirs plus glorieux dans son récent ministère.

Quelque temps après, M. Sébastiani remonta à la tribune pour