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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/696

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pourrait éviter une révolution, qu’en cédant au mouvement- populaire.

Dans ce peu d’heures, tout changea de face, en effet. Toutes les batteries de Constantinople, le long de Galata, de Péra, et de la côte d’Asie, qui n’étaient pas même armées à l’arrivée de la flotte anglaise, se trouvèrent garnies de canons, servis par leurs topchys. Les janissaires avaient déposé leurs bâtons blancs pour prendre leurs armes. Les vieillards, les enfans travaillaient avec ardeur aux redoutes, et devant le sérail s’élevait le grand étendard de poil de chameau noir, le sandjak-chérif qu’on dit avoir servi de portière à la chambre d’Aïsché la favorite du prophète, et qui annonce la présence du sultan à la tête de son armée.

Bientôt sur les deux rives, on vit s’élever de longs revêtemens qui les protégeaient ; les Arméniens, les Grecs, les Juifs, dirigés par des officiers francs, transportaient des terres et des fascines. A Tophané, où se trouve le dépôt de l’artillerie, on préparait avec activité des bateaux incendiaires, et une flottille de chaloupes canonnières se rassemblait près de la pointe du sérail. Le sérail présentait un aspect formidable. Deux batteries avaient été placées aux deux kiosques ; et sur la grande terrasse intérieure du jardin, ainsi que sur le quai de débarquement, s’élevait une grande redoute où s’agitait une troupe de jeunes travailleurs qu’il était facile de reconnaître, à leurs saillies et à leurs éclats de rire, pour des officiers français. Sélim, ayant pris la résolution de se défendre, avait appelé auprès de lui le général Sébastiani, et avait réclamé son secours ainsi que celui des officiers de sa nation qui se trouvaient à Constantinople. On pense bien que tous étaient accourus ; pas un seul ne manqua. Les portes du sérail leur avaient été ouvertes. Pour la première fois, des Francs purent parcourir librement ces jardins et ces galeries ouverts jusqu’alors seulement aux femmes et aux eunuques. L’ambassadeur français, qui conserva toute sa vie certaines formes orientales, et quelques habitudes de sultan, pénétra sans obstacles dans les appartemens les plus secrets, d’où les femmes du grand-seigneur s’étaient éloignées, il est vrai. Il s’arrêta, dit-on, avec admiration dans la bibliothèque du sérail, garnie de traités religieux, couverts de velours brodé d’or, et fermés par de nombreuses agrafes en pierreries. Je me refuse