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indignaient Sighebert comme roi et comme chrétien ; mais, sentant qu’il ne pouvait rien sur l’esprit de ses soldats, il agit envers eux comme son aïeul Chlodowig envers celui qui avait brisé le vase de Reims. Tant que l’armée fut en marche, il laissa faire, et dissimula son dépit ; mais au retour, quand ces hommes indisciplinables, regagnant chacun sa tribu et sa maison, se furent dispersés en différens lieux, il fit saisir un à un, et mettre à mort ceux qui s’étaient le plus signalés par des actes de mutinerie et de brigandage [1].

Il paraît que de semblables dévastations eurent lieu au passage des Austrasiens sur la frontière septentrionale du royaume de Gonthramn et que ce grief, qu’il ressentit vivement, amena de la mésintelligence entre lui et Sighebert. D’un autre côté, les dispositions pacifiques du roi de Neustrie ne furent pas de longue durée ; dès qu’il se vit hors de danger, il revint à son idée fixe, et tourna de nouveau un regard de convoitise vers les villes d’Aquitaine qu’il avait un moment possédées. La brouillerie qui venait d’éclater entre ses deux frères, lui parut une circonstance favorable pour la reprise de son projet de conquête ; il s’empressa de saisir l’occasion, et moins d’un an après la conclusion de la paix, il envoya dire à Gonthramn : « Que mon frère vienne avec moi, voyons-nous, et d’un commun accord poursuivons notre ennemi Sighebert [2] ». Cette proposition fut très bien accueillie, les deux rois eurent ensemble une entrevue, se firent des présens d’amitié, et conclurent une alliance offensive contre leur frère d’Austrasie. Hilperik, plein de confiance, fit marcher de nouvelles troupes vers la Loire sous le commandement de son fils Theodebert, qui passa ce fleuve pour la seconde fois en l’année 575 ; lui-même entra avec une armée sur le territoire de Reims, frontière occidentale du royaume d’Austrasie. Son invasion fut accompagnée des mêmes ravages, que la campagne de Theodebert en Aquitaine ;

  1. Sed omnia patienter ferebat, donec redire posset ad patriam… multos ex eis postea lapidibus obrui praecipiens, Greg. Turon., lib. IV, pag. 229.
  2. Post annum iterum Chilpericus ad Guntchramnum fratrem suum legatos mittit, dicens : Veniat frater mecum, et videamus nos, et pacificati persequamur Sigibertum inimicum nostrum. Greg. Turon., lib. IV, pag, 229.