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rassemblait toutes les forces de son royaume pour marcher contre Theodebert, ou contraindre Hilperik à le rappeler et à rentrer dans les limites que lui assignait le traité de partage. Il appela aux armes, non-seulement les Franks des bords de la Meuse, de la Moselle et du Rhin, mais encore toutes les tribus germaines, qui, au-delà de ce dernier fleuve, reconnaissaient l’autorité ou le patronage des fils de Merowig. Tels étaient les Sweves ou Swabes et les Alamans, derniers débris de deux confédérations autrefois puissantes, les Thorings et les Baïwares, qui conservaient leur nationalité sous des ducs héréditaires ; enfin, plusieurs peuplades de la Basse-Germanie, détachées soit de gré, soit de force, de la redoutable ligue des Saxons, ennemie et rivale de l’empire frank [1]. Ces nations transrhénanes, comme on les appelait alors, étaient entièrement païennes, ou si les plus rapprochées de la frontière gauloise avaient reçu quelques semences de christianisme, elles y mêlaient d’une manière bizarre les pratiques de leur ancien culte, sacrifiant des animaux, et jusqu’à des hommes dans les circonstances solennelles [2]. A ces dispositions féroces se joignaient une soif de pillage et un instinct de conquête qui les poussaient vers l’Occident, et les stimulaient à passer le grand fleuve pour aller, comme les Franks, prendre leur part du butin et des terres de la Gaule. Ceux-ci le savaient, et ils observaient avec défiance les moindres mouvements de leurs frères d’origine toujours prêts à émigrer sur leurs traces, et à tenter sur eux une conquête. Ce fut pour écarter ce danger que Chlodowig-le-Grand livra aux Swabes et aux Alamans réunis la fameuse bataille de Tolbiac. D’autres victoires, remportées par les successeurs de Chlodowig, suivirent la défaite de cette avant-garde des populations d’outre Rhin. Theoderik soumit la nation thuringienne et plusieurs tribus

  1. Dùm haec agerentur, Sigibertus rex gentes illas quae ultra Rhenum habentur commovet, et bellum civile ordiens, contra fratrem suum Chilpericum ire destinat. Greg. Turon. lib. 1V, pag. 229.
  2. Nàm ità christiani sunt isti barbari, ut multos priscae superstitionis ritus observent, humanas hostias aliaque impia sacrificia divinationibus adhibentes. Procopii lib. II, de belle gothico, cap. XXV, apud script. Rerum francic., tom. II, pag. 37.