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petites villes du voisinage, ou résister aux gouverneurs franks qui exigeaient comme tribut la dîme de la résine récoltée dans les forets des Landes [1]. Ceux qui obéirent à l’appel du chef austrasien vinrent au rendez-vous, les uns à pied, les autres à cheval, avec leur armement habituel, c’est-à-dire, en équipage de chasse, l’épieu à la main et la trompe ou le cornet en bandoulière. Conduits par le mark-graf Sigulf, ils entrèrent à Bordeaux, pressant leur marche comme pour une surprise, et se dirigeant vers le quartier de la ville où les Neustriens étaient cantonnés. Ceux-ci, attaqués à l’improviste par un ennemi supérieur en nombre, n’eurent que le temps de monter à cheval et d’y faire monter leur prince qu’ils entourèrent, fuyant avec lui dans la direction du nord. Les gens de Sigulf se mirent à les poursuivre avec acharnement, animés, soit par l’espérance de prendre à merci et de rançonner un fils de roi, soit par un instinct de haine nationale contre les hommes de race franke. Afin de s’exciter mutuellement à la course, ou pour accroître la terreur des fugitifs, ou simplement par une fantaisie de gaieté méridionale, ils soupaient en courant de leurs trompes et de leurs cornets de chasse. Durant tout le jour, penché sur les rênes de son cheval qu’il pressait de l’éperon, Chlodowig entendit derrière lui le son du cor et les cris des chasseurs qui le suivaient à la piste comme un cerf lancé dans le bois [2]. Mais le soir, à mesure que l’obscurité devint plus épaisse, la poursuite se ralentit par degrés, et bientôt les Neustriens furent libres de continuer leur route au pas de voyage. C’est ainsi que le jeune Chlodowig regagna les rives de la Loire et les murailles

  1. Si superest aliquid, hoc forte tributa redundant,
    Qui modò mitto apices, te rogo, mitte apices.
    (Fortunati Pictavi episc. carmen ad Galoetorium comitem Burdegalensem apud script. rerum francic., tom. II, pag. 520.)
  2. Quem fugientem cum tubis et buccinis, quasi labentem cervum fugans, insequebatur. Greg. Turon., 1ib. IV, pag. 228.