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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/652

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se sépara, et les deux rois, naguère ennemis mortels, sortirent réconciliés en apparence.

La pensée d’accepter son jugement comme une expiation n’était pas de celles que le roi Hilperik pouvait concevoir : au contraire, il se promit bien de reprendre un jour ses villes, ou d’en saisir l’équivalent sur les domaines de Sighebert. Ce projet, mûri et dissimulé pendant près de six ans, se révéla tout à coup en l’année 573. Sans se rendre un compte bien exact de la situation et de l’importance respective des cités dont il regrettait la possession, Hilperik savait que celles de Béarn et de Bigorre étaient à la fois les moins considérables et les plus éloignées du centre de ses domaines. En songeant au moyen de recouvrer par force ce qu’il avait abandonné malgré lui, il trouva que son plan de conquête serait à la fois plus praticable et plus avantageux, si, aux deux petites villes du pied des Pyrénées, il substituait celles de Tours et de Poitiers, grandes, riches, et tout-à-fait à sa convenance. D’après cette idée, il assembla dans la ville d’Angers, qui lui appartenait, des troupes, dont il donna le commandement à Chlodowig, le plus jeune des trois fils qu’il avait eus d’Audowere, sa première femme.

Avant qu’aucune déclaration de guerre eût été faite, Chlodowig marcha sur Tours. Malgré la force de cette ancienne cité, il y entra sans résistance ; car le roi Sighebert, aussi bien que les deux autres rois, n’avaient de garnison permanente que dans les villes où ils résidaient, et les citoyens tous ou presque tous Gaulois d’origine, se souciaient peu d’appartenir à l’un des rois franks plutôt qu’à l’autre. Maître de Tours, le fils de Hilperik se dirigea vers Poitiers, qui lui ouvrit ses portes avec la même facilité, et où il établit ses quartiers, comme dans un point central, entre la ville de Tours et celles de Limoges, de Cahors et de Bordeaux, qui lui restaient à conquérir [1].

A la nouvelle de cette agression inattendue, le roi Sighebert

  1. Cùm Chilpericus Turonis ac Pictavis pervasisset, quae Sigiberto regi per pactum in partem venerant… Gregorii Taron. lib. IV, apud script. rerum francic., tom. II, pag. 227.