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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/65

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ne plus couvrir les frais de culture. Ce fait, les agriculteurs l’expliquaient à leur manière en disant que la terre était fatiguée, et en conséquence ils la laissaient reposer ; c’est-à-dire qu’après un terme qui variait selon la nature du sol et le système suivi pour les engrais, chacun de leurs champs restait à son tour une année sans être ensemencé.

Ce n’était pas sans regret que le laboureur laissait ainsi chômer tous les ans quelque portion de la terre ; la perte qui en résultait était surtout sensible dans le pays où les produits de l’agriculture ont une grande valeur ; et ce fut aussi là qu’on songea d’abord aux moyens de l’éviter.

On voyait les champs laissés en jachères se couvrir de plantes abondantes et souvent en apparence très vigoureuses ; on en conclut à la fin que l’épuisement n’était que relatif, et on pensa que la terre, qui n’était pas fatiguée pour produire des herbes inutiles, ne le serait peut-être pas davantage si on lui demandait en place une moisson différente de celle qu’elle refusait de porter. L’essai eut du succès ; l’expérience finit par enseigner l’ordre suivant lequel on devait faire se succéder les différentes récoltes ; et enfin on en est venu au point que non-seulement chaque année donne la sienne, mais même que dans quatre ans, par exemple, on obtient cinq moissons.

Ce n’est pas pour les plantes annuelles seulement qu’a lieu cet épuisement relatif du sol ; le même phénomène s’observe pour les plantes vivaces, les arbustes et les arbres ; mais ici c’est la nature qui, d’ordinaire, se charge de substituer aux espèces, ou, comme diraient les gens du métier, aux essences pour lesquelles le terrain a cessé d’être favorable, les espèces qui y peuvent le mieux prospérer. Le renouvellement spontané s’opère probablement dans le plus grand nombre des cas où l’homme ne le contrarie pas trop fort ; mais c’est surtout relativement aux forêts qu’on a eu occasion de le bien constater. En effet, les contrats de vente fournissent le moyen de savoir, pour chaque forêt, quelle espèce d’arbres y dominait aux époques des diverses transactions dont elle a été l’objet, tandis que lorsqu’il s’est agi, par exemple, de la vente d’un enclos, on n’a jamais songé à indiquer si, au moment où le marché a été passé, le terrain était garni d’orties, de mercuriale