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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/62

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avec des serpens à sonnette et même avec des tayas, qui ne lui faisaient aucun mal. Si vous voulez, il vous donnera un échantillon de son savoir-faire. — Mais, reprit M. Castillo, nous n’avons point de serpens. -Ne vous en mettez pas en peine, reprit le premier interlocuteur, il en trouvera, car il n’en manque pas dans le voisinage.

Le nègre, ayant été appelé, se mit en devoir d’aller chercher un serpent, et sur la demande de M. Castillo, qui craignait quelque supercherie, il fut suivi de toutes les personnes présentes. Arrivé dans un lieu humide rempli d’herbes et de buissons, le nègre, qui précédait de quelques pas les curieux, s’approcha avec précaution de différentes touffes, faisant entendre par intervalle un petit bruit flûté, et enfin, après quelque temps, il annonça par un geste qu’il avait trouvé ce qu’il cherchait. Tout le monde resta immobile pendant que le nègre continuait son appel. Bientôt on le vit se baisser précipitamment et se relever tenant un serpent par le cou ; il apporta ainsi l’animal à M. Castillo, qui le reconnut comme appartenant à une espèce très venimeuse, mais qui remarqua que, saisi ainsi près de la tête, il ne pouvait pas mordre. Le nègre alors, ayant passé deux ou trois fois la main sur le corps du serpent, le mit à terre, et le serpent ne chercha ni à fuir ni à offenser ; il le reprit, joua avec lui comme font sur nos places avec des couleuvres communes les marchands de savon à détacher, puis le posa de nouveau au milieu du chemin. Au bout de quelques instans, le serpent commençant à s’agiter, le nègre le fustigea de la main et l’obligea à se tenir tranquille ; enfin, quand la curiosité des assistans eut été pleinement satisfaite, il reprit la bête par la queue et la lança au loin dans les buissons.

Je n’ai pu savoir de M. Castillo si la plante dont cet homme avouait faire usage était la même que Mutis a fait connaître. Les efforts du savant botaniste pour répandre la pratique de l’inoculation par le mikania n’ont eu qu’un succès passager. L’opération est pratiquée encore aujourd’hui comme elle l’était avant lui dans certaines provinces, telles que celle du Choco où les serpens venimeux sont très abondans ; elle est au contraire tombée en desuétude dans les lieux où les accidens sont rares, car on a reconnu que, pour être efficace, cette opération devait être fréquemment répétée, et il est bien difficile qu’on soit ponctuel dans l’exécution