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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/603

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côtés des roseaux de plus petits diamètres qui font l’office de flotteurs. On a conservé long-temps, sous le vestibule du jardin académique de Leyde, plusieurs tronçons de ce bambou samma-t, dont le diamètre était de quatorze à seize pouces.

Les Grecs, à l’époque de l’expédition d’Alexandre, eurent connaissance de ces grands bambous, et de l’usage qu’on en faisait. Pline en parLe au chapitre XXXVI de son XVIe livre, et dit que les roseaux dont on fait des barques croissent principalement le long du fleuve Acesines, aujourd’hui le Tchènât.

Les bambousiers ne sont pas les seules plantes qui dans les pays tropicaux fournissent, lorsqu’on les entaille, une eau propre à désaltérer le voyageur. Plusieurs plantes sarmenteuses en donnent également, quoique leur tige n’offre pas, comme celle des graminées, des cavités intérieures dans lesquelles le liquide puisse s’amasser à mesure qu’il est formé.

C’est encore le tourment de la soif qui m’a valu de connaître ce fait curieux de physiologie végétale, et mon maître, cette fois comme la première, était un pauvre paysan colombien. Nous gravissions ensemble, sous un soleil brûlant, des collines qui se succédaient à perte de vue et ne nous offraient pas un arbre, pas un buisson ; et je voyais avec peine, d’après la nature du sol et la sécheresse de la saison, que nous n’y devions attendre ni eau de source ni eau de pluie. J’en fis la remarque à mon guide. — Sovez sans inquiétude, me dit-il ; avant peu, nous rencontrerons quelques pieds de vigne sauvage, et nous aurons de quoi nous bien désaltérer. — Cette réponse ne me satisfaisait guère, car je ne pensais d’abord qu’aux raisins qui sont très petits, peu juteux, et d’un goût à la fois aigre et acerbe ; mais je ne tardai pas à apprendre que ce serait aux dépens de la tige et non du fruit que je trouverais à me rafraîchir.

Mon homme n’avait pas achevé son explication, lorsque j’aperçus une vigne vers laquelle je me hâtai de courir. J’en divisai le tronc d’un seul coup de coutelas, et je présentai ma calebasse pour recevoir l’eau qui devait en découler ; mais, à mon grand désappointement, il ne tomba pas une goutte, et même les deux surfaces de coupure étaient à peine humectées. — Si vous m’aviez écouté jusqu’au bout, me dit le guide, qui arrivait en ce moment,