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approchez ; voici le squelette du pape Grégoire qui va vous unir ; Il ne faut que dire vos noms. Ahasvérus hésite ; c’est Jésus, du milieu de sa rosace flamboyante, qui le nomme : un cri de malédiction s’élève, l’anathème du Golgotha est répété par la ronde du genre humain. Le ciel et l’enfer frappent Ahasvérus ; mais, quand tout l’accable, une femme le soutient, une femme le bénit : Rachel a fait monter au ciel un cri de miséricorde.

Après cette. scène nous avons besoin de relâche. Un intermède va nous faire changer d’émotions. Cette fois, c’est de lui-même que le poète nous entretient. Assis, non plus dans la cathédrale d’Erwin de Steinbach, mais dans la nef de la petite église de Brou, où Marguerite de Savoie dort dans son lit de noce près de son époux, le poète, le front penché, repasse en lui-même sa vie si triste et que le chagrin a rendue errante. Ce qu’il murmure comme à regret, ce sont quelques mots à peine articulés d’une douloureuse et chaste histoire ; ce sont quelques souvenirs pleins de larmes, quelques soupirs entrecoupés ; c’est une blessure de poète, une douleur mâle et contenue. On dirait une des pages les plus tristes et les plus pénétrantes de la Vita nova.

Cet intermède nous conduit jusqu’au cœur du temps présent.

La quatrième journée (le Jugement dernier) est consacrée tout entière à l’avenir. Déjà le bruit des villes et des hommes s’est affaibli sur les rives du vieil Océan. Ses vagues commencent à tarir. Le doute impie, qui avait déjà saisi les morts, a atteint les vivans, et a passé jusque dans l’ame de la création. Soleil, fleuves, étoiles, fleurs des prairies, ont perdu la foi. Le lion de saint Marc, l’aigle de saint Jean, fatigués du paradis, demandent à leur maître la permission de descendre un moment sur la terre ; bientôt ils reviennent effrayés des symptômes de destruction qu’ils y rencontrent. L’esprit de Mob dissout le monde ; Rachel seule a conservé sa foi. La grotte, le rocher, le flot, la vallée, le firmament, n’ont plus ni voix, ni prière ; seule, Rachel prie et aide Ahasvérus à boire le calice de douleur que lui a légué le Christ sur le Calvaire.

Enfin, la dernière heure du monde a sonné. Que l’étoile éteinte, la fleur séchée, le fleuve tari se lèvent et accourent ! que les peuples se réveillent ! que les villes sortent de leur tombe et se rendent dans la vallée de Josaphat ! L’ange du jugement a répété