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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/56

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prisonniers à ces barbares essais, mais elle déclara qu’elle punirait sévèrement ceux qui, abusant de la confiance de quelque homme libre ou esclave, le détermineraient à se soumettre à de semblables expériences. D’ailleurs elle n’interdit point la pratique de l’inoculation dans les circonstances habituelles.

Des expériences analogues à celles que demandait vainement à la fin du XVIIIe siècle le chanoine Mutis ont été faites à diverses reprises dans le XVIe, et les premières l’ont été par ordre d’un pape. « Il me souvient, dit Mathiole dans ses commentaires sur Dioscoride, que l’an 1524, au mois de novembre, je vis au Capitole de Rome la vertu du poison du napel, car le pape Clément voulant éprouver la vertu d’une huile que Grégoire Caravita de Bologne, chirurgien fort expérimenté, et dont j’étais alors élève, avait composée pour obvier à tous poisons et aux morsures de toutes bêtes venimeuses, Sa Sainteté ordonna de donner à manger du napel à deux brigands qui étaient condamnés à être pendus, pour éprouver sur eux la vertu de ladite huile ; ce qui fut fait, et on leur bailla ledit poison parmi du massepin. Celui qui avait plus mangé dudit massepin, par l’ordonnance des médecins de Sa Sainteté, fut souvent engraissé de ladite huile, trois jours durant, et ne mourut point, bien qu’il endurât de grandes et horribles souffrances. Quant à l’autre, qui en avait moins pris, il ne fut engraissé de ladite huile, pour voir la vertu et véhémence du poison, ce qu’on vit aisément ; car après quelques heures ce pauvre homme mourut, ayant souffert toutes les douleurs, tourmens, travaux, que conte Avicenne comme endurés par ceux qui ont bu du napel. Nous expérimentâmes le même l’an 1561 au mois de décembre à Prague, à l’endroit d’un larron qui avait été condamné à être pendu ; auquel fut baillé par le bourreau, présens les médecins de l’empereur, une dragme des racines de napel incorporée en sucre rosat pour éprouver si l’antidote fameux, par lequel avait été délivré peu auparavant un autre malfaiteur à qui on avait donné de l’arsenic, aurait même vertu contre le napel. » L’homme mourut misérablement après quelques heures de souffrances. Un autre, sur lequel semblable essai fut fait à Naples, revint après sept heures d’horribles souffrances, pendant lesquelles il fut trois fois privé de la vue et plusieurs fois de la raison. Mathiole attribue sa guérison à la poudre