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HISTOIRE BIOGRAPHIQUE


ET CRITIQUE


DE LA LITTERATURE ANGLAISE


DEPUIS CINQUANTE ANS [1]




TROISIEME PARTIE. - LES ROMANCIERS ET CONTEURS [2]




Le goût moderne s’est éloigné de genre de fictions en prose que nos ancêtres aimaient ; nos romans et nos nouvelles se sont rapprochés de la poésie et de l’histoire ; le roman est devenu ambitieux dans son but. Il a élargi sa sphère ; il a multiplié ses combinaisons ; il a poétisé ses conceptions.

  1. Voir les livraisons des 1er et 15 novembre dernier
  2. M. Allan Cunningham n’a certes adopté cette division factice que pour jeter de la clarté dans son travail. Nul, mieux que ce spirituel écrivain, ne sait que la prose et la poésie se confondent maintenant dans toutes les littératures.
    L’intelligence s’est développée avec trop de force et de variété pour que chacun des hommes remarquables de ces derniers temps n’ait pas fait de la prose et des vers, des poèmes et des romans. Celui de tous les poètes modernes qui paraît avoir dédaigné le plus obstinément la prose, Byron écrit des lettres familières qui méritent d’être lues, dont le style, affecté sans doute, mais piquant, spirituel et plein de saillie, reproduit très bien le ton des salons anglais en 1815. Les œuvres en prose de Moore et de Southey, de Coleridge et de Wilson, sont aussi dignes d’éloges que leurs œuvres poétiques. Tous les hommes remarquables de l’Angleterre sont polygraphes ; le talent et le génie varient aisément aujourd’hui la forme de l’expression ; rien de plus facile que d’apprendre cette forme. Les médiocrités elles-mêmes font de la prose passable et des vers assez honnêtes. Chez Walter Scott, l’observation du romancier et les vues de l’historien, chez Southey, la science philosophique et la sagacité du biographe se joignent à la verve du poète et à l’habileté du versificateur. Pour les apprécier complètement, c’est donc le mobile intime de leur pensée qu’il faut atteindre. On ne pourrait, sans défigurer leur portrait, les scinder et les représenter d’une part comme faiseurs de prose, de l’autre comme fabricant de poésie. Ils ont agi sur leur temps, et par leurs œuvres en prose, et par leurs œuvres en vers.