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du Voyage au Congo, et nous nous apprêtons, ainsi que la Société de géographie, à saluer incessamment en lui le Humboldt de l’Afrique !!

— UNE REPRÉSENTATION AU THÉÂTRE ITALIEN. — Voici un tableau gracieux, un double trait de désintéressement, de sympathie et de dévouement parmi les innombrables traits d’égoïsme, de haine et de cupidité. Tout Paris sait à présent l’histoire simple et touchante de ces deux jeunes gens qui viennent de s’unir.

Sans ôter à miss Smithson le nom qu’elle avait illustré, M. Berlioz lui a donné le sien, si justement célèbre aussi. Entre eux il y a eu mutuel échange de gloire, d’affection, de revers, de peines domestiques, de sacrifices et de mauvaise fortune. Je me trompe, il eut un bonheur de plus qu’elle ; car elle fut dangereusement blessée, et il la sauva. Que de richesses ignorées des riches dans cette modeste alliance

Ce sera dans le rôle d’Ophélia et le 4e acte d’Hamlet que Mme Berlioz-Smithson reparaîtra le 24 novembre au théâtre Italien, fête véritable pour ceux qui ont su apprécier son rare et pathétique talent.

Madame Dorval, que nous avons le bonheur de pouvoir nommer à présent actrice de la comédie française, justice long-temps attendue et obtenue à force de triomphes et de couronnes, nous rendra Antony, ce drame de passion dont toutes les villes de France avaient hérité depuis quelques mois, à notre grand regret et à notre grande jalousie ; ce rôle d’Adèle d’Hervey qu’elle a fait aimer partout où d’autres femmes l’avaient laissé méconnaître. Nous aurons les cinq actes, nous aurons tout ce roman de cœur, et Firmin y jouera pour cette fois seulement. Ce sera une étude et une comparaison curieuse à faire que sa manière et celle de Bocage, qui l’a créé, et qui sans doute va bientôt rentrer aux Français pour toujours.

Puis viendra un grand concert de plus de cent musiciens, dirigés par M. Berlioz lui-même, et exécutant ses œuvres.

M. Liszt, le brillant, l’inspiré pianiste, fera entendre une composition de Weber sur cet instrument auquel il a donné un essor plus vaste qu’il ne l’eut jamais.

Une symphonie nouvelle de M. Berlioz terminera cette belle soirée.


On a souvent reproché à la Revue des deux Mondes de ne pas s’occuper assez des publications étrangères. Une entreprise littéraire comme la nôtre est longue et pénible à organiser ; aujourd’hui que le développement auquel nous sommes arrivés nous permet d’opérer de nouvelles améliorations, nous promettons à nos lecteurs, pour la fin de cette année, un examen suivi des livres étrangers, anglais, allemands et autres. Il y a peu de mois, nous avons fait en Angleterre un voyage dans ces seules vues. Maintenant, un de nos amis et collaborateurs va faire pour la Revue en Allemagne un voyage semblable, afin de lier des relations avec les notabilités littéraires et les premiers éditeurs de ce pays. C’est ainsi que nous espérons nous rendre dignes de plus en plus des honorables suffrages qui nous arrivent journellement, et de la bienveillance publique. Que nos lecteurs et le pays continuent de nous prêter aide et appui, et nous avons la confiance de faire le recueil le plus complet et le plus important que la France ait encore eu. C’est là toute notre ambition, et rien ne nous coûtera, ni veilles ni sacrifices, pour atteindre ce but que nous nous sommes proposé.

LE DIRECTEUR DE LA REVUE
F. BULOZ.