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procureur-général à la cour de cassation était une réponse au discours de M. Persil. Il est vrai que M. Dupin signale dans son discours les progrès de la législation, tandis que M. Persil dénonce son insuffisance à l’égard de la presse ; que l’un se montre très heureux et satisfait de la marche de la justice et de la liberté, tandis que l’autre demande à grands cris qu’on réforme la jurisprudence et qu’on pénètre dans d’autres voies : mais on peut tout au plus en inférer qu’en matières législatives, M. Persil est du mouvement, à sa manière, tandis que M. Dupin est de la résistance. Au reste, M. Dupin s’est bien gardé de se placer sur le terrain choisi par M. Persil, il a même évité la moindre allusion politique, s’enveloppant tout entier dans sa toge de magistrat, et cachant prudemment sous sa fourrure d’hermine ses opinions de la session prochaine, si toutefois M. Dupin, cet esprit si mobile, sait déjà quelles seront ses opinions dans la prochaine session.

Pendant tous ces petits débats de foyer et de coulisses, on s’apprête à lever le rideau. Les chambres s’ouvriront à la fin du mois prochain. Une grave querelle s’était élevée entre les deux feuilles ministérielles à ce sujet. Le Journal des Débats assurait que l’ouverture des chambres n’aurait lieu que le 30 décembre ; le journal de Paris déclarait, au contraire, qu’elle aurait lieu du 20 au 25. Pour les mettre d’accord, le ministère a fixé le premier jour de la session au 23. Le principe du juste-milieu est comme le saint-simonisme : il s’applique à toutes choses.

Les grands acteurs sont tous prêts. Le maréchal Soult et M. Humann sont enfin d’accord. Leur accommodement ne nous coûtera que quatorze millions ; mais l’union est une si belle chose, qu’on ne saurait trop la payer. M. Soult aura donc quatorze millions de crédits supplémentaires, sauf à tirer des chambres ce qu’on pourra.

Le président réel du conseil remanie son projet de loi des forts détachés. Un roi qui règne et gouverne a besoin de ces petits moyens d’action pour aider ses ministres à administrer.

M. d’Argout, qui, dans son rapport de dissolution, a accusé la garde nationale de Colmar d’avoir manqué de courage, prépare, dit-on, des modifications à la loi des gardes nationales. L’exemple de Lyon, de Strasbourg, de Grenoble et de Colmar, prouve assez que cette institution embarrasse le pouvoir. Pour la mettre en harmonie avec l’ordre de choses actuel, il faut nécessairement la dénaturer.

Le discours de M. Persil annonce clairement des modifications à la loi du jury. M. Barthe n’est pas homme à s’opposer, en quoi que ce soit, aux vues de la royauté. Quelques anciens plaidoyers, en faveur de l’extension à donner au jury, ne l’arrêteront pas, car nos ministres rient beaucoup de leurs antécédens ; personne plus que M. d’Argout ne se moque des roya-