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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/48

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le mot prononcé, notre esprit est en repos. Mais comment nous retournerons-nous en voyant la crainte que fait éprouver à un lion une faible souris ? Cependant le fait est constant. S’il se trouvait rapporté dans Pline ou dans Solin, on se tirerait d’affaire en le niant ; mais il a été observé à la ménagerie du Jardin des Plantes M. Cuvier l’atteste, il n’y a pas moyen qu’on le rejette ; il faut se contenter de le négliger.

C’est une chose remarquable que, tandis que la souris est pour la plus faible espèce du genre felis un jouet, une proie ordinaire, elle soit pour les deux plus puissantes un objet d’aversion et même de terreur ; car ce n’est pas le lion seulement qui tremble à sa vue, le redoutable tigre d’Asie, le tigre royal, est atteint de la même faiblesse. Voici ce que rapporte à ce sujet et comme témoin oculaire un excellent observateur, le capitaine Basil Hall :

«  Nous eûmes, dit-il, l’occasion d’étudier tout à notre aise les habitudes du tigre sur un bel animal de cette espèce qui était nourri chez le résident britannique où il avait été apporté tout petit deux ans auparavant. Il était enfermé dans une cage en plein air, au milieu de la cour des écuries, et cette cage était grande comme une chambre ordinaire, de sorte qu’il y pouvait gambader et sauter tout à son aise. Il mangeait par jour un mouton, sans compter quelques morceaux de viande qu’on lui donnait par occasion. Nos jeunes gens se plaisaient quelquefois à le tourmenter ; alors il se précipitait contre les barreaux de sa cage, et poussait des rugissemens qui faisaient trembler de frayeur et hennir lamentablement les chevaux des écuries voisines.

«  Les genres de tourmens qu’on lui faisait subir étaient différens : tantôt on le piquait avec un bâton pointu, tantôt on le tantalisait en lui présentant des morceaux de viande qui étaient retirés avant qu’il eût pu les saisir ; mais ce qui le vexait par-dessus tout, c’était de faire entrer dans sa cage une souris. Jamais petite maîtresse n’a manifesté plus de frayeur à la vue d’une araignée que ce magnifique animal à l’aspect du petit rongeur. Le grand divertissement consistait à attacher par la queue la souris au bout d’un bâton, et à la lui porter ainsi tout près du nez. Du moment où il la voyait, il s’élançait au côté opposé ; si on obligeait la souris à s’avancer vers ce point, il se reculait dans un coin en se pressant contre les