Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/468

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


contester à Mlle Georges une intelligence nette et vive de toutes les scènes où elle paraît. Mais elle a manqué généralement de simplicité. Puisque les paroles que le poète avait mises dans sa bouche péchaient par l’emphase et la redondance, elle devait corriger ce défaut tantôt par la lenteur, tantôt par la vivacité du débit. Ainsi, par exemple, dans la première scène du second acte, elle devait hâter cet éternel échange de sermens et de promesses, qui fatigue le spectateur sans se laisser comprendre. Elle eût mis ainsi dans son rôle une intention que l’auteur ne paraît pas avoir entrevue. Heureuse et fière de son amour, tranquille et sûre de la fidélité de son amant, elle peut prendre plaisir à multiplier les questions, à prononcer lentement chacun des mots qui doit lui ramener une réponse enivrante ; mais, si elle est inquiète et jalouse, elle doit presser chacune de ses interrogations pour dissiper plus vite les doutes qui la tourmentent.

Quand toute la cour assemblée assiste à sa colère, elle devait, par la familiarité des intonations, dissimuler les images ambitieuses que le poète lui prête. En parlant aux vieux serviteurs de son père, il faudrait que son geste abaissât la hauteur de son langage.

Et quand elle se trouve seule avec Jeanne Talbot, son instinct de femme devrait lui faire comprendre que la jeune comtesse ne voit pas en elle sa souveraine, mais bien celle qui lui ravit Fabiano. Elle devrait mettre dans sa voix plus de douceur et de flatterie.

Je n’approuve pas le ton vert qu’elle a donné à son visage dans les dernières scènes, comme pour singer l’Elisabeth de M. Paul Delaroche. Je n’aime pas le tableau, et encore moins la copie.

Lockroy, qui, dans le rôle de Monaldeschi, avait trouvé des accens si vrais et si pénétrans, a mis dans celui de Gilbert une monotonie de tristesse trop constante et trop uniforme. Les amours les plus malheureuses ont leurs éclairs de joie, leurs accès d’espérance. Quand il est sûr de se verger, il devrait sourire et remercier le ciel ; quand il retrouve sa maîtresse, il devrait tempérer quelque peu l’âpreté farouche de sa voix. Il se fie trop volontiers au timbre strident de son gosier qui plaît à quelques femmes et les émeut. Il oublie que l’art ne restreint jamais sa puissance à l’emploi des ressources naturelles, et que le but de l’artiste doit être de les assouplir, de les varier, pour arriver à l’aisance sans renoncer à l’unité.