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autre vie, et la donner dès demain à celui qui m’a rendu pour la première tout un regard.

II

Oui, tout un regard ! rien qu’un regard ! Et point de ciel, s’il le faut, point d’étoiles ! point de Dieu ! point de Christ ! Rien qu’un soupir, rien qu’une haleine, rien qu’une fleur qu’il a touchée. Et puis après l’abîme, la nuit sans lendemain, sur ma tête le vide, sous mes pas le néant.

LE PÈRE ÉTERNEL

Dans cet amour si long, vous seules avez gardé sans le savoir mon souvenir. La terre a été votre temps de fiançailles. Vos noces seront aux cieux. Voici pour votre dot la bague que j’ai faite de tout l’or des étoiles.


EDGAR QUINET.


Le lecteur a pu prendre une première idée d’Ahasvérus par les réflexions dont l’auteur a fait lui-même précéder ces fragmens. Peut-être serait-ce chose bonne à introduire dans nos habitudes littéraires que de pareilles expositions, qui serviraient à initier plus intimement à la pensée de l’écrivain. II arrive trop souvent que l’on se place, à son insu, dans un point de vue tout autre que celui de l’auteur, et cette méprise empêche toute relation de se former entre l’œuvre et la critique. Ahasvérus surtout soulève dans l’art une foule de questions nouvelles, qui ne peuvent se résoudre qu’en le suivant sur son propre terrain. Cet ouvrage important, de quelque manière qu’on le juge, paraîtra vers la fin d’octobre, et il sera alors de notre part l’objet d’un examen particulier. (N. du D.)