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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/430

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LAETITIA ELISABETH LANDON. — Elle s’est voilée à demi sous les initiales L. E. L., signature aimée du public, et qu’elle a placée au bas de plus d’un poème charmant. Miss Landon et Johanna Baillie [1] sont les femmes les plus célèbres de l’époque. Et ne croyez pas qu’elle se soit contentée de publier une ou deux romances tendres, et qu’elle se soit arrêtée ensuite pour écouter les applaudissemens flatteurs qu’on lui prodiguait. Elle a des accens pathétiques, variés, touchans, élevés, toujours gracieux. Elle excelle dans les petits poèmes dont la pensée a besoin d’être exprimée avec une netteté brillante. Cependant elle a écrit aussi un poème de longue haleine, narration ingénieuse, pleine d’évènemens qui s’enchaînent l’un à l’autre, et qui attestent une féconde imagination, toujours obéissante, jamais bizarre, furieuse, indomptée. Ses principaux ouvrages sont l’Improvisatrice, le Bracelet vénitien, poèmes ; le Roman et la réalité, narration en prose qui prouve la variété de talent de miss Landon ; un esprit orné, rapide et facile, une remarquable connaissance du monde. Elle est jeune, aimable et douée d’une gaieté brillante, vive et sans efforts.

MARIE HOWITT [2]. — Elle a interrogé avec succès toutes les cordes de la lyre, excepté la corde sanglante du poète tragique et guerrier. C’est peut-être, de tous les poètes vivans, celle qui reproduit le mieux la simplicité des anciennes ballades. Sa diction est plus vigoureuse qu’élevée a plus expressive que figurée [3].

  1. Miss Landon a de la grace et de la facilité. C’est le Thomas Moore de son sexe. Plusieurs autres femmes, entre autres mistriss Norton, ont aujourd’hui de la réputation en Angleterre.
  2. Mary Howitt appartient à la fraternité chrétienne, ou, si l’on aime mieux, à la secte des quakers. Son Livre des saisons (Book of the seasons) a été fort remarqué et le méritait.
  3. Parmi les poètes, on ne peut confondre ceux qui ont obéi à des influences répandues autour d’eux, avec ceux qui, au contraire, ont influé sur la littérature. Montgomery, Grahame, Leyden, et une foule d’autres ont été sans puissance ; ils ont brillé, comme les satellites de génies plus actifs et plus originaux. Au premier rang des intelligences maîtresses qui ont poussé leur siècle dans des voies nouvelles, il faut placer Cowper. Cette naïveté, cette énergie, cette originalité, cet enthousiasme religieux qui respirent dans ses œuvres, ont été les inspirations de Coleridge, de Wordsworth et de plusieurs autres. Ces deux derniers ont transmis, en la modifiant, cette influence, qui est devenue vaporeuse et rêveuse chez Keats, mystique et métaphysique chez Shelley. Burns, autre grand homme, a donné l’impulsion passionnée que Byron a suivie, en l’alliant à une misanthropie plus intense, à un éclat et à une profondeur admirables de poésie. Byron, à son tour, a entraîné dans sa voie toute la littérature de son temps. De son côté, Scott ramenait ses contemporains vers l’étude pittoresque du passé, et Southey cherchait, non dans les traditions du pays natal, mais dans les légendes fabuleuses et brillantes des terres étrangères, le renouvellement du génie épique. Quelques hommes distingués, moins hardis, moins originaux. Campbell, Rogers, Moore, et quelques femmes douées de talent, se contentaient de chercher la perfection artistique de leurs œuvres, sans frayer un sillon nouveau ; campbell, animé d’une puissance intime et supérieure, a marqué son passage plus profondément que l’élégant Rogers, et que Moore, poète facile, agréable, orné. En dehors de ces noms, vous trouverez des talens, non des puissances intellectuelles. Les hommes que nous avons nommés sont les vrais phares poétiques du XIXe siècle en Angleterre, les flambeaux à la lumière desquels tous les autres poètes sont venus allumer leur torche, et qui rayonnent encore dans des directions différentes ou opposées. Après ce grand éclat, la poésie anglaise ne pouvait que déchoir. C’est ce qui lui arrive aujourd’hui.