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mongole, thibétaine et sanscrite. Cette bibliothèque, qu’avaient épargnée des Tartares, devait périr par l’incurie des autorités russes et la poltronnerie de quelques savans, qui envoyèrent à leur place un escadron de Cosaques, pour faire l’inventaire des livres. Cette fois les Européens furent les barbares.

C’est principalement le Thibet qui, depuis l’établissement du lamisme, avait été le foyer d’où la doctrine de Bouddha se répandait chez les nations tartares.

Les Mongols l’adoptèrent, avons-nous dit, sous les premiers successeurs de Gengis-Khan (en 1247), et le lama qui l’établit définitivement parmi eux, Sakya-Pandita, leur communiqua en même temps l’alphabet syriaque, qu’il avait emprunté aux Turcs Oigours, et que ceux-ci avaient reçu des nestoriens. Ainsi ce fut sous le manteau du grand lama, pour ainsi dire, et sous le couvert du bouddhisme, que cette écriture, qui appartenait à des prêtres chrétiens, passa chez les Mongols.

Le bouddhisme dont la douceur tendait à pacifier ces peuples turbulens, adopté d’abord par eux avec enthousiasme, eut de la peine à y prendre racine ; au milieu de l’anarchie qui ne pouvait manquer de suivre les conquêtes des Gengiskhanides, il fut comme étouffé. Mais vers la fin du XVIe siècle, un chef, nommé Altan, ayant apparemment compris le parti qu’en pouvait tirer son autorité, employa ses efforts à le faire refleurir. Quelques victoires dans le Thibet avaient mis entre ses mains des prêtres lamistes qui paraissent lui en avoir inspiré l’idée, à peu près comme il arrivait quelquefois dans les premiers siècles du christianisme à des prêtres romains pris par des chefs barbares, de convertir leurs maîtres. Enfin le prince mongol résolut d’inviter le suprême pontife, le grand lama, Bouddha en personne, à se rendre dans ses états. Le divin personnage ayant appris qu’il y avait encore chez les Tartares des restes de leur ancienne foi, consentit au voyage. Je passe les miracles qui l’accompagnèrent ; du reste, ce qui parut un évènement fort simple dans les idées de la métempsycose indienne, le prince et le lama se reconnurent pour s’être autrefois rencontrés dans une existence antérieure. Altan avait jadis porté le nom de Khoubilai, ce petit-fils de Gengis-Khan, sous lequel les Mongols embrassèrent le lamisme, et pour le dire en passant, le mortel qui probablement