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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/393

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doctrine plus épurée que le réformateur chinois était venu apporter sous le nom de grande doctrine, et d’aller à Ceylan étudier les traditions bouddhistes de l’Inde, qui s’y étaient transportées dans leur intégrité avant de se modifier à la Chine.

Les prédications chinoises furent plus heureuses dans d’autres pays plus civilisés, et où les missionnaires indiens ne les avaient pas devancées. C’est ainsi qu’elles établirent le bouddhisme au Japon et en Corée, probablement vers le VIe siècle après Jésus-Christ.

D’autre part, il continuait à se répandre de l’Inde au nord et à l’ouest parmi les nations tartares et les nations gothiques qui étaient les barbares du monde chinois, comme leurs frères étaient les barbares du monde romain. Au IVe siècle de notre ère, des pèlerins chinois trouvèrent dans la partie nord-est de la Perse des populations gothiques qui, descendues des plateaux de l’Asie centrale, avaient fondé sous l’influence du bouddhisme un état civilisé.

Sur les plateaux même, dans les steppes de la petite Boucharie, le bouddhisme en se propageant semait des monastères, et établissait des relations commerciales entre l’Inde et les villes tartares. L’un de ses foyers principaux, qui furent en même temps des foyers de commerce et de civilisation, était cette ville de Kothan, dont M. Rémusat a traduit l’histoire, et qu’il appelait la métropole du bouddhisme en Tartarie. Cette histoire, assez maigre dans sa première partie, et dont la seconde est remplie de merveilles extravagantes, n’en contient pas moins des indications précieuses pour l’histoire du bouddhisme. Ainsi on voit qu’il n’y était pas encore établi à la fin du premier siècle de notre ère ; en l’an 75, le roi de Kothan, qui fait la guerre aux Chinois, ne connaît pas la doctrine ; il est entouré de devins, il adore Dieu sous le nom de l’Esprit. Telle était la religion formée d’un théisme vague et d’incantations qui avaient cours parmi les nations tartares avant le bouddhisme, comme on le peut voir dans l’histoire de Gengis-Khan. C’est ce qu’on a improprement appelé le schamanisme [1]. Au Ier siècle, Kothan en est encore à ce culte grossier et primitif ; à

  1. En altérant le mot sanscrit sarnana, nom que se donnent les bouddhistes, et qu’on a transporté, sans raison, aux prêtres du culte qu’ils ont remplacé.